29 nov. 2020 par Monsieur Bulles
faux sirop Depuis bientôt 10 ans maintenant, des distilleries s'érigent au Québec et offrent des eaux-de-vie originales où la créativité est la signature de chaque marque. Les meilleures sont généralement celles issues de céréales, puis celles de pommes ou de poires, de petites baies et enfin d'érable. Et puis, il y a les rhums ! Et oui, dans un pays où la canne à sucre est logiquement absente, on fait du rhum ! En fait, certains arrivent - déjà élaborés - des Antilles en conteneur pour être retravaillés ou épicés, d'autres sont issus de mélasse qu'on fait venir du bout du monde, pour être distillée dans la belle province. Toutefois, ne trouvez-vous pas curieux de faire du rhum au Québec ? Car, ce qui me chiffonne le plus, c'est qu'on nous les présente comme des produits 100 % Québec !


Je pense les avoir tous goûtés. 
Du moins, jusqu'à la semaine dernière, car à la vitesse où les alcools québécois sont lancés sur le marché depuis 2 ans, il se peut qu'il en sorte un nouveau aujourd'hui ou demain.
Je parle ici des rhums du Québec; élaborés au Québec !
Et le simple fait d'écrire rhum du Québec, c'est comme écrire ananas de Suède, citron d'Islande ou papaye d'Angleterre ! 
C'est incohérent. 
C'est incohérent parce que c'est naturellement impossible.
Pourtant, quand j'ai exprimé cette opinion à des élaborateurs de rhum au Québec, ils ont froncé les sourcils. 
On m'a regardé comme un naïf, un conservateur, un pointilleux. 
Je touchais à l'esprit créatif en formulant l'absence d'authenticité, donc j'étais un rabat-joie. Même si je reconnaissais la qualité du produit transformé...
Elle est pourtant bien tangible cette absence d'authenticité ! 
Il n'y a absolument rien de Québécois dans ces rhums ! Rien !
Sauf la créativité de leurs élaborateurs. 
Et je reconnais ici qu'elle est remarquable.
Il y a certes de la foi dans ces rhums du Québec, mais c'est de la mauvaise foi. 
Oui, je lis sur certaines bouteilles les précisions "affiné", "épicé", "vieilli", signifiant que le produit est transformé ou achevé ici, au Québec. 
Et oui, le consommateur - bien averti seulement - sait que Bacardi, Captain Morgan, Carioca ou Lamb's sont des rhums d'ailleurs, embouteillés au Canada. 

Mais ne jouons-nous pas trop sur les mots, sur la calligraphie, sur la mention d'un pays ou d'une marque en petits caractères qui infusent dans le subconscient du consommateur une authenticité finalement sournoise ?
Appelons-les eau-de-vie de mélasse, eau-de-vie à base de rhum ou eau-de-vie de plantes, mais s'il vous plaît, n'allons pas ternir l'image du rhum, car ces créations, parfois, n'ont pas le goût du rhum. 
Ou lorsqu'elles l'ont, c'est grâce à un embouteillage de vrai rhum, sans artifice ajouté, qui vient d'une île des Caraïbes ou d'Amérique du Sud, avec une étiquette qui elle seule, est Made in Québec

Très peu de distilleries québécoises, aujourd'hui, distillent réellement de la mélasse importée. 
Et aucune ne distille du pur jus de canne à sucre, simplement parce que ce n'est pas possible.

Qu'ils soient agricoles ou traditionnels, il y a suffisamment de vrais rhums ordinaires sur la planète. 
Dispensons-nous d'en allonger la liste. 
Élaborons des gins, des vodkas, des whiskys, des eaux de vie d'érable ou de petits fruits locaux car là, nous sommes originaux, attirants, compétents, authentiques et faciles à promouvoir. 
Là, nous sommes vraiment 100 % Québec.
Avec le rhum, on brouille les cartes et nous sommes tous naïfs.
"Oui, mais la demande est là" me répond t-on. "Le consommateur est satisfait de ce qu'on lui offre. Il y a un marché".
Certes. Et je reconnais qu'il y a des transformations délicieuses, élaborées dans la province.

Dans ce cas, que l'origine géographique du rhum embouteillé ou de la mélasse transformée soit inscrite sur l'étiquette de la bouteille !

Arrêtons de marcher sur la tête.
Parce que le jour où l'on verra arriver dans nos épiceries du sirop d'érable aux couleurs des Havana Club, Trois Rivières, Saint-James, La Mauny, Dictador ou Diplomatico de ce monde, évidemment produit au Québec, mais "encanné" sous le soleil des tropiques "parce qu'il y a un marché", j'en connais plus d'un, ici, qui manifesteront leur colère, en brandissant un petit drapeau fleurdelisé au nom du respect de l'authenticité.

Et quoiqu'il arrive, si la Martinique élabore demain du sirop d'érable, le buzz est assuré, comme disent les Français. 
Il est certain que le monde entier voudra y goûter ! 
Moi le premier !


2 eaux-de-vie Québécoises issues de mélasse de sucre de cannes à sucre, affichant le terme Rhum, s'approchent par leurs saveurs et leur comportement de  "vrais" rhums : Le Sainte-Marie et le Rosemont. 
Rhum Rosemont

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23 nov. 2020 par Monsieur Bulles
portos Parce que le Canada, et en particulier le Québec, n'importent plus autant de portos qu'il y a 15 ans, parce qu'on en consomme certes moins qu'il y a 15 ans, j'entends parler de mode. Le Porto n'est plus à la mode ! Quelle aberration ! S'il y a bien un vin qui est en dehors des tendances, c'est bien le Porto. Depuis trois siècles qu'il existe, il a connu des hauts et des bas selon les époques et pourtant, il est toujours là : noir ou ambré, riche ou soyeux, fruité ou oxydatif; il est le vin intemporel par excellence. 3 articles paraîtront sur ce site avant le 31 décembre 2020 au sujet du Porto : je survolerai d'abord son actualité en suggérant des valeurs sûres de toutes ses catégories; le deuxième article présentera le Porto blanc qui vit actuellement une vraie renaissance; et le troisième article sera consacré aux accords culinaires que les portos peuvent offrir...
Avec les demi-bouteilles, il y a une centaine de bouteilles de Porto de 750 ml à l'heure actuelle sur le marché du Québec, réparties en une vingtaine de marques. 
Dans le volume, comme dans la diversité de ces dernières, c'est 4 fois moins qu'il y a 15 ans !!
Le Québec était le premier consommateur de Porto au Canada entre 2000 et 2010, qui était le deuxième pays dans le monde à importer la plus grosse quantité de portos, dits de haut de gamme, soient les tawnies et les vintages. 

Bref, on peut dire que le Québec d'alors, était le troisième amateur de Porto de prestige au monde après la Grande-Bretagne et le Portugal !

Le consommateur actuel délaisse les vins moelleux, liquoreux, mutés. La tendance est au sans sucre, au sec, au brut, au non dosé, dit-on... Un sacré paradoxe lorsqu'on analyse le taux de sucre des vins secs les plus vendus dans nos sociétés contemporaines qui, de plus, vivent à l'heure des cocktails en tout genre !
Je ne vais pas le nier, le Porto a été éconduit pour plusieurs raisons depuis 20 ans, des raisons liées aux modes de vie et aux modes de consommation qui ont été bousculées : son taux de sucre élevé, son degré d'alcool élevé et son image désuète. 

Par ailleurs, c'est lui, le Porto, qui a fait connaître les vins secs du Douro qui ont, en quelque sorte, pris sa place d'ambassadeur de la région éponyme et je crois que c'est grâce à eux, que le Porto, aujourd'hui, va vivre une renaissance dans la décennie qui s'ouvre.

Quelle que soient les opinions, on ne peut contester que le Porto a gardé son magnétisme odoriférant auprès de tous les consommateurs. Il reste le seul vin au monde à offrir toute la gamme des arômes possibles et imaginables, selon la catégorie qu'on dégustera. 

Et cette caractéristique vous permet une chose unique : remonter dans le temps - le vieux rêve de l'homme - à travers des parfums qui vous rappellent votre enfance, un souvenir, un lieu, un moment, une rencontre...

Depuis les fruits jusqu'aux épices en passant par les effluves les plus curieux ou les plus rares, le Porto est sans doute le seul vin au monde à offrir de façon aussi intense et reconnaissable, tous les arômes que vous lirez sur une roue des saveurs de tous les vins, de tous les alcools !
Et puis...
Vous en connaissez beaucoup des vins dont le nom propre est devenu un nom commun ? 
Le Porto est le premier. 

Voici une courte sélection de portos particulièrement accessibles dans leur catégorie qui vous transporteront dans une multitude saveurs :

FEIST

Fondée à Londres en 1836 par les frères Feist (d'origine allemande), la marque Feist appartient depuis les années 1930 au groupe Barros Almeida. Elle offre de jolis portos de type tawny et colheita dans un style souple, léger, toujours accessible. Comme leur tarif !
Feist - Colheita 1998 - 36 $ en SAQ :
Aucun vin ne peut offrir une plongée dans le temps à ce prix !
Et côté parfums qui s'épanouissent dans une texture soyeuse et longue, on se noie dans ceux d'écorces d'oranges, d'abricots secs, de noix, de grué de cacao, de cannelle et de nougat qu'un simple carré de chocolat noir saura accompagner à merveille.

KOPKE
La marque Kopke, reconnue comme la plus ancienne des Vins de Porto (1658), a possédé autrefois la Quinta de Roriz.
Kopke - Tawny 30 ans - 99 $  en SAQ : 
Le cadeau de Noël par excellence ! Il n'y a que 3 portos de cette catégorie en SAQ, le Kopke est le plus délicat et le plus long en bouche, bienvenue dans l'univers de la torréfaction. 

OFFLEY FORRESTER  
Le britannique William Offley s'était installé en tant que marchand de vin à Porto en 1737 et en 1803, l'écossais Joseph Forrester devint partenaire de la maison et y envoya son neveu Joseph James Forrester en 1831 pour s'occuper des affaires de la famille. 
Offley - Tawny 30 ans - 97,75 $ en SAQ :
Suave et capiteux, on passe par tous les stades aromatiques envoûtants des vieux Vins de Porto, de la cassonade aux épices en passant par les écorces d'agrumes confites et le vernis à ongles. C'est un vin pénétrant et complexe, à boire sans accompagnement.

SANDEMAN
Fondée en 1790 par George Sandeman, l'histoire de cette société est liée à l'histoire de l'Espagne et du Portugal. Et c'est toujours un Sandeman à la tête de la maison !
Sandeman - Vintage 2001 - 25,75 $ en SAQ : 
Même au Portugal, on ne trouve plus ce Porto ! Un Vintage qui a bientôt 20 ans pour ce prix n'est pas une aubaine, c'est une erreur commerciale ! Profitons-en !
De la soie et des notes de tabac autour d'un boisé délicat qu'on pourra découvrir avec une joue de boeuf braisée, parce que oui, certains portos se révèlent aussi à table ! On verra cela dans un prochain article...

FERREIRA
L'histoire de cette maison fondée en 1751 par José Ferreira se confond à celle de la région toute entière ! C'est Antònia Adelaide Ferreira, son arrière-petite-fille, qui va porter la marque au Panthéon du Vin de Porto à l'instar de Nicole-Barbe Ponsardin en Champagne. 
Ferreira - Tawny - Dona Antonia - 19,95 $ en SAQ :
C'est un grand classique de la marque et il est toujours aussi agréable à boire grâce à un volume léger, fait de tanins veloutés qui tapissent la bouche. Sa finale généreuse permet la persistance des arômes de fruits rouges cuits. Un must pour s'initier au tawny...

RAMOS PINTO
Une famille emblématique du Douro dont les anecdotes historiques ne se comptent plus. Les frères Ramos-Pinto ont notamment acheté, en 1919, deux domaines : la Quinta da Urtiga et la Quinta do Bom Retiro. Cette dernière fut la première de la région à avoir une piscine.
Ramos Pinto - Porto blanc - Lagrima
 - 22 $ en SAQ :
Le genre de bouteille qu'on a chez soi en permanence et qui peut rester entamée pendant plusieurs semaines sans que le temps ne vienne la corrompre. Agrumes confits, zestes de mandarines et notes de miel dans une fluidité veloutée sauront toujours satisfaire l'invité surprise à l'heure de l'apéritif avec quelques amandes salées ou en sortie de table avec un morceau de vieux cheddar.

TAYLOR FLADGATE 
Éternellement lié aux grands Vins de Porto, la société existe depuis 1692 mais, le nom Taylor n'apparaît qu'en 1816 et l'identité actuelle Taylor, Fladgate & Yeatman ne date que de 1844. L'endurance des portos Taylor est exceptionnelle.
Taylor Fladgate - Porto blanc - Chip Dry - 22,45 $ en SAQ :
C'est vif, c'est frais, presque sec, axé sur les agrumes, idéal en cocktail avec un tonic, impeccable tout seul aussi, sur glace, avec quelques crevettes en tempura à l'apéritif et étonnamment adéquat en dessert avec une tarte au citron.

NIEPOORT
La maison fut fondée par Eduard Kebe en 1842 et il prit un certain F.M. van der Niepoort comme associé cinq plus tard. À la mort de ce premier en 1858, la maison prît le nom définitif de Niepoort et depuis, elle est transmise de père en fils. 
Niepoort - Vintage 2015 - 102,25 $ en SAQ :
Serré, encore gras, concentré sans être lourd, ce Porto encore jeune peut courir jusque 2040, toutefois aujourd'hui, vous saurez apprécier ses arômes de mûres, de cerises griottes et de poivres. Et avec une viande rouge grillée, si vous le testez dès aujourd'hui, l'accord est aussi gourmand que surprenant ! 

GRAHAM'S
C'est en acceptant d'être payé avec 27 pipes (tonneaux) de Vin de Porto que William et John Graham, deux écossais établis dans le commerce du textile depuis 1820, comprirent qu'il y avait davantage de profits à faire en vendant du vin plutôt que de la laine car, une fois ces fûts facilement revendus, il se lancèrent uniquement et définitivement dans ce nouveau commerce en 1826. 
Graham's - Six Grapes - 24,10 $ en SAQ :
Dans le style de la maison, à la fois puissant et serré, c'est un vin qui pourrait se comparer à certains types LBV s'il ne gardait pas régulièrement cette touche florale élégante et fraîche. Un incontournable de l'appellation.

POÇAS
La même famille aux commandes depuis un siècle dans le Douro, aussi humble que ses vins secs et mutés sont somptueux. 
Poças - LBV 2013 Junior - 24,15 $ en SAQ :
Le meilleur Late Bottled Vintage au dessous de 25 $ actuellement au Québec. Fruit rouges et noirs, tanins veloutés, puissance contenue, une caresse juste assez sucrée sur vos papilles pour mieux apprécier un carré de chocolat noir ou un fromage bleu de votre choix.
À la demande de l'IVDP, j'emploie ici le terme Porto à titre de nom propre, au singulier, et le terme portos au pluriel, à titre de nom commun, afin de "respecter au mieux" les règles de la langue française.

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13 nov. 2020 par Monsieur Bulles
Delmas Passion Dans les années 1960, Omer Delmas cultivait trois hectares de vignes qu'il avait héritées de son père. Il transféra sa terre à son fils Bernard Delmas, cuisinier de formation, qui depuis les années 1980 a fait du domaine familial, converti à l'agriculture biologique, l'un des meilleurs et des plus représentatifs de la région limouxine. La surface a depuis décuplé, permettant une production moyenne annuelle de 180 000 bouteilles.


Commentaire de la cuvée Passion 2015 Nature Brut Bio de Bernard Delmas / Crémant de Limoux :


Le nez est discret, non beurré (le vin est encore jeune), quelques accents levurés se laissent saisir. C'est après plusieurs minutes dans le verre qu'on capte un côté boulanger qui rappelle la version Brut. 
L'attaque en bouche est vive, tendue, zestée, la version Nature est nette. 
Les bulles sont des perles, la texture est suave, tapissante. L'enveloppe citronnée s'accroche sans agresser, tout est à la fois fin et crémeux. 
C'est le genre de bulles qui donnent envie d'en reprendre à condition d'être patient, de se comporter avec elles comme avec un vin tranquille, et oui !
À l'apéritif, sur une entrée d'huîtres, un fromage de chèvre ou une tarte aux agrumes.
Un excellent crémant de Limoux. Un excellent crémant tout court ! Et un vin de garde qui devrait facilement rouler jusque 2025...contre étiquette Delmas Passion Bio
23,35 $ en SAQ / Code 14461609 / Mentionné dans tous les Guide Revel depuis 2007

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12 nov. 2020 par Monsieur Bulles
vins oranges Ils étaient marginaux il y a une dizaine d'années, ils sont "à la mode" aujourd'hui, même s'il s'en fait depuis toujours sous un autre vocable, surtout au nord-est de l'Euphrate : orange par tradition, nature par absence de technologie. Les vins oranges et "nature" n'envahissent pas encore les menus des restaurants, toutefois, il y sont bien présents. Pourquoi un tel engouement ? Sont-ils donc tous bons ? Non évidemment. Pourquoi cet intérêt alors ? Parce qu'ils plaisent à une génération de consommateurs qui ne peuvent pas acheter les grands noms "classiques" du vin ? À moins que ce soit parce que cette génération n'a jamais pu en boire, de ces grand vins ! Formatées au vin "nature", au vin bio, au vin orange, les papilles de ces nouveaux consommateurs seraient-elles unidimensionnelles ? La Y et les milléniaux, versus la X et les baby boomer ? Selon moi, ce n'est pas juste une question de goût, c'est aussi une question de coût. Et d'époque scolastique.
La courte conversation qui suit a déclenché l'idée de cet article (entamé il y a 12 mois) dont la fin pourra peut-être faire réfléchir mon cousin. Et d'autres amateurs de vin... 

Un cousin : Ce n'est pas un vin nature ou bio ton vin ? 
Moi : non, mais je suis heureux de pouvoir l'ouvrir avec toi. Il fait partie des références, je pense... Je connais beaucoup de monde s'intéressant au vin qui aimerait le goûter.
Un cousin : Avec tout ce qu'on met dans le vin, moi désormais, je ne bois que du bio ou du nature. Les autres sont tous maquillés. Quand t'as goûté au vin nature, tu te détournes des autres. 
Moi : il y a quand même quelques flacons qui sont excellents et qu'on se doit, je pense, lorsqu'on se dit amateur de vin, de déguster lorsqu'ils nous sont offerts, même s'ils ne sont pas certifiés bio ou autre, non ? 
Un cousin : c'est un choix que je fais, je l'assume. Je bois vrai. 
Moi : Bon. Bois vrai. Je ne t'offre pas un verre de la seule bouteille d'Ausone 1990 que j'ai. J'aurais peur de t'empoisonner...

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Il y a un an à Montréal se tenait Le Jugement de Montréal, une dégustation annuelle lancée par le Raspipav en 2010. 
Le Raspipav est l'association des agences de vins d'importation privée au Québec qui tient son salon chaque fin d'octobre à Montréal au Marché Bonsecours. C'est lui qui a permis de faire connaître aux consommateurs québécois la plupart de ces vins alors marginaux (appelons un chat, un chat) : les bio, les biody, les macérations pelliculaires, les pet'nat et j'en passe. 
C'est lui qui a poussé la SAQ à s'y intéresser.
Je ne vais pas revenir ici sur les résultats de cette dégustation 2019 de vins oranges, vous pouvez les découvrir ici.

Par contre, je reviens sur les échanges du jury qui ont eu lieu après cette compétition. Plusieurs constats ont été faits :
- les vins oranges sont encore méconnus du grand public, 
- ils font saliver la jeune sommellerie actuelle parce que c'est à elle que les vignerons s'adressent, parce qu'elle est la passerelle vers le consommateur.
- les vins oranges ont une polyvalence en matière d'harmonies culinaires qui facilite le travail du sommelier face au client qui ne sait pas se décider pour un blanc ou pour un rouge.

Alors qu'il était délicat de le soulever, j'ai suggéré à mes collègues journalistes et sommeliers présents, que le vin orange était peut-être attrayant auprès des jeunes sommeliers et des nouveaux consommateurs parce que, plus simplement, ces derniers n'avaient jamais pu déguster les grandes signatures de vins, dit classiques ! 

Vous savez, tous les grands crus classés du Bordelais ou de la Bourgogne, les grands noms toscans, piémontais, castillans, rhodaniens ou ligériens, les étiquettes illustres de Californie, d'Australie ou du Chili. 
Je ne vais pas les citer, vous les connaissez par coeur...
Ils n'en ont jamais bu de ces vins là ! 
Que ce soit au cours de leurs études ou actuellement, dans leur début de carrière professionnelle, ils ne peuvent pas les déguster ces grands noms. 

Simplement parce qu'ils sont devenus inabordables ces grands noms, indécemment inaccessibles ces grandes étiquettes renommées !

Alors que certaines écoles hôtelières trouvaient encore, il y a 20 ans, le budget pour faire découvrir à leurs élèves un pinot noir du Clos de Vougeot, un merlot signé de St Émilion, un Premier Cru classé du Médoc, une pointure "sangiovésée" toscane ou même, une syrah mythique d'Ampuis, une autre bien née de la Barossa ou un nebbiolo d'une ancestrale famille piémontaise, il est aujourd'hui impossible d'initier avec les vins qui ont séduit les générations antérieures de sommeliers.

Comme parfois avec les vins effervescents, les vins oranges sont, selon moi, une solution pratique, fiable et solide pour remplacer un vin blanc ou un vin rouge dans un accord délicat à table. 
Et c'est bien pour cela que le vin orange a de l'avenir. 
Parce qu'il étonnera toujours le dégustateur ouvert d'esprit.
Qu'il soit salin ou oxydatif le vin orange, il soulèvera la curiosité, il provoquera les conversations. 
Et rien que pour cela, il a sa place à table. 
N'est-ce pas là que les meilleurs échanges se font ?

Le vin nature est un vin plus politique. 
Le choix de sa naissance est comme une adhésion à un parti, à une idée personnelle de la création d'un vin dont on défend des principes. 
C'est l'accouchement à la maison, plutôt qu'en clinique... 
Le vin nature provoque ainsi une réflexion chez le consommateur qui se retrouve dans la position d'un éventuel partisan à séduire.
Cependant, au-delà de l'engagement scolastique, le vin doit être bon, avant tout. 
Et là, c'est une question de goût, de goût personnel, déterminé par la culture, avant l'instruction et la réflexion. 

Malheureusement, nous vivons une époque de clivage; où les doctrines alimentaires déroutent les non initiés; où la cause environnementaliste s'immisce dans la notion de goût comme un procureur, rarement comme un médiateur; où le jugement facile précède la réflexion, bref, où les casquettes doivent être de couleur rouge ou de couleur bleu. 
C'est tout. Pas d'autres couleurs.

L'homme fait du vin depuis 5000 ans. 
Avez-vous remarqué que toutes les couleurs de peau dans le monde sont les mêmes que toutes les couleurs du vin ? 
Revendiquer une couleur, c'est être raciste. 
Le racisme aurait-il gagné, aussi, la façon de consommer le vin ? 
À lire et à entendre certains propos, je le crains.


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10 nov. 2020 par Monsieur Bulles
Monde Les Bulles Avec plus de 16 hectares situés autour d'Oka et de Saint-Eustache dans les Basses-Laurentides, le Vignoble Rivière du Chêne est aujourd'hui l'un des plus vastes du Québec. Daniel Lalande, son propriétaire a su le hisser parmi les incontournables de la province en moins de 25 années. Un quart de siècle qui sera sûrement fêté avec une cuvée particulière en 2023 !


Commentaire de la cuvée Monde Les Bulles - Méthode Traditionnelle - Vignoble Rivière du Chêne - Québec - Canada :


Parce que la robe est dorée, on pourrait s'attendre à un vin qui a évolué un certain temps en cave au cours de sa seconde fermentation en bouteille, pourtant, le nez et la bouche, tous les deux expressifs, révèlent davantage des notes de pommes chaudes, de pêches et de miel, plutôt que quelques accents pâtissiers que développe le temps sur lie...
La fraîcheur est bien là, aucunement altérée par le dosage toutefois marqué qui rappelle les saveurs d'un vin de glace. Une fine amertume parcourt la dégustation dans une effervescence aérienne qui vient contre-balancer la sucrosité de ce mousseux réussi qu'on pourra déguster en entrée avec une quiche à la courge et au bacon, en sortie de table avec un fromage double-crème ou en dessert, avec un mi-cuit de chocolat blanc.  
29,85 $ en SAQ / Code 12359871

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5 nov. 2020 par Monsieur Bulles
Lallier Grande Réserve Cinq générations de vignerons se sont succédées avant que René-James Lallier, administrateur de la maison, décide en 1995 de se lancer dans le négoce du champagne avec ses propres cuvées issues des douze hectares familiaux (Il avait entre temps acquis le vignoble de la maison René Brun). En 2004, la marque entre avec efficacité dans le troisième millénaire grâce à Francis Tribaut qui la rachète et crée de nouvelles cuvées (Série R) au profil plus gastronomique. Peut-être est-ce la gamme renouvelée avec précision qui aura convaincu Campari de se lancer dans le champagne ? Le groupe italien a racheté Lallier au printemps 2020 !
Commentaire de la cuvée Grande Réserve - Brut - Grand Cru - Champagne Lallier

Nez d'abord anisé, un peu citrique, puis axé sur les fruits rouges et légèrement brioché à l'aération. L'effervescence apparaît fugace, imprégnée par le temps, elle est donc riche, illustrée par les bulles menues et nouées qui apportent la sensation crémeuse en bouche.. 
La fraîcheur est apportée par une acidité qui rappelle celle des mêmes petits fruits rouges décelés à l'analyse olfactive et une petite pointe amère en finale nous offre un caractère mordant, juste corrigé par des parfums briochés.
C'est un bon champagne, particulièrement abordable pour un Grand Cru.
16/20 selon le barème du Guide Revel / 48,50 $ au Québec / autour de 35 euros en Europe

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3 nov. 2020 par Monsieur Bulles
rd 2002 bollinger En matière de champagne, 3 grandes maisons ont eu les faveurs de James Bond. La sortie de "Mourir peut attendre" prévue en 2020, reportée en 2021, le 25ème opus de la série, sera l'occasion de découvrir de quel champagne se délectera l'espion au noeud papillon. En attendant, si on révisait un peu...
On notera d'abord que l'une des dernières versions pour le cinéma nommée « Casino Royale » est en fait le premier essai écrit de l'auteur, Ian Lancaster Fleming, qui se fit connaître par ce titre en 1958. L'adaptation pour le grand écran de ce titre en 2006 était le 21ème opus des James Bond. 

En 2015, c'était le 24ème James Bond titré Spectre, réalisé par Sam Mendès, qui fut projeté en salle. 
Le dernier essai écrit par l'auteur fut « L'homme au pistolet d'or », il date de 1964. 
La série fut lancée en 1962 avec le fameux « Docteur No ». 
Toutefois, on oublie souvent que cette série fut d'abord adaptée en bandes dessinées par le Daily Express en 1958. 
C'est le dessinateur John McLuski qui croqua pour la première fois la silhouette de James Bond selon les critères de l'auteur. 
L'acteur Sean Connery en fut sa plus fidèle copie plastique parmi les comédiens qui ont interprété l'espion. Pourtant, Ian Lancaster Fleming ne fut pas emballé par ce choix que la production força quelque peu...

Voici les cuvées par ordre d'apparition à l'écran:

Docteur No (1962) de Terence Young : Dom Pérignon 1955 (James Bond mentionne le 1953 comme étant son préféré)   

Bon baiser de Russie (1963) de Terence Young : Comte de Champagne de Taittinger (curieusement, pas de millésime mentionné)   

Goldfinger de Guy Hamilton (1964) : Dom Pérignon 1953   

Opération Tonnerre de Terence Young (1965) : Dom Pérignon 1955   

On ne vit que deux fois de Lewis Gilbert (1967) : Dom Pérignon 1959   

Au service de sa Majesté de Peter Hunt (1969) : Dom Pérignon 1957   

Les diamants sont éternels (1971) de Guy Hamilton : Bollinger est mentionné dans la nouvelle (écrite), pas dans le film.   

Vivre et laisser mourrir de Guy Hamilton (1973) : Bollinger sans précison de cuvée   

L'homme au pistolet d'or (1974) de Guy Hamilton : Dom Pérignon 1964 (James Bond dit qu'il préfère le Dom Pérignon 1962)   

L'espion qui m'aimait (1977) de Lewis Gilbert: Dom Pérignon 1952 (seulement mentionné)   

Moonraker de Lewis Gilbert (1979) - Cuvée Bollinger R.D. 1969   

Rien que pour vos yeux de John Glen (1981) : Aucun champagne, James Bond commande du vin grec.   

Octopussy de John Glen (1983) : Cuvée R. D de Bollinger sans mention de millésime. 

Dangereusement vôtre de John Glen (1985) - Cuvée R.D. 1975 de Bollinger   

Tuer n'est pas jouer de John Glen (1987) : Cuvée R. D. 1975 de Bollinger   

Permis de tuer de John Glen (1989) : Cuvée R.D 1979 de Bollinger   

L'oeil de feu de Martin Campbell (1995) : Bollinger La Grande Année 1988   

Demain ne meurt jamais de Roger Spottiswoode (1997) : Bollinger La Grande Année 1989   

Le monde ne suffit pas de Michael Apted (1999) : Bollinger La Grande Année 1990   

Meurs un autre jour de Lee Tamahori (2002): Bollinger Spécial Cuvée (JB demande un 1961) et La Grande Année 1995 de Bollinger   

Casino Royale de Martin Campbell (2006) - Cuvée La Grande Année 1990 de Bollinger   

Quantum of Solace de Marc Forster (2008) : Cuvée La Grande Année 1999 de Bollinger   

Skyfall (2012) de Sam Mendès : Cuvée R. D. 1997 de Bollinger

Spectre (2015) de Sam Mendès : Cuvée R. D. 2002 de Bollinger

Mourir peut attendre (2019 / sortie prévue 2021) de Cary Joji Fukunaga : Cuvée...

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23 oct. 2020 par Monsieur Bulles
Orpale 1985 par De Saint-Gall Cette cuvée de champagne a 35 ans au moment de sa dégustation et elle confirme une fois de plus que l'appellation dont les bouteilles sont généralement consommées dans les 48 heures qui suivent leur achat, est également celle qui offre de magnifiques vins de longue garde ! Le champagne est un vin dont on ne soupçonne pas assez l'endurance aussi solide que les meilleurs vins blancs de Bourgogne, voire ceux du Jura... L'Orpale 1985 du Champagne De Saint-Gall témoigne de ce fait.

Commentaire de la cuvée Orpale 1985 du Champagne De Saint-Gall (dégustée en octobre 2020) :


La robe est floue, dorée et le plus épatant reste l'effervescence aux bulles évidemment menues, toutefois abondantes et foisonnantes, qui dansent dans le verre, alors qu'on était en droit de constater un vin plus tranquille que mousseux.
Le nez est expressif, captivant, curieusement sans notes de rancio trop prononcées. 

Au cours de la soirée que cette cuvée célèbrera avec un repas de sushi (thon rouge, anguille, tempura, etc), ses arômes ne vont pas s'échelonner, mais plutôt s'entrecroiser. 

Ainsi, comme toutes les saveurs des vins blancs âgés à base de savagnin et/ou de chardonnay qui nous ensorcèlent par leur profondeur, leur rareté et leur mystère, celles de ce champagne vont s'offrir et perdurer tout le long du repas : zestes d'oranges confites, raisins secs, noix de Grenoble, sirop d'érable, croissant frangipane, miel, praline, vernis, grué de cacao, tiramisu, cappuccino, caramel salé et même une trame saline, toujours présente, dans l'enveloppe d'une texture pleine, soyeuse et tapissante. 
Immense et mémorable : un grand moment de dégustation de bulles somptueuses.
La cuvée Orpale 2002 de De Saint-Gall est disponible en SAQ, au Québec, à 145,50 $

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12 oct. 2020 par Monsieur Bulles
Désir Extra-Brut par Doyard-Mahé Basé à Vertus, au sud de la Côte des Blancs, la famille Doyard-Mahé est dans l'univers du champagne depuis un siècle. Propriétaire de six hectares de chardonnay classés Premier Crus, la vigneronne Carole Doyard est l'arrière petite-fille de Maurice Doyard qui fut co-fondateur du CIVC (Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne) en 1941. Représentant la quatrième génération, Carole a d'abord travaillé en cave avec son père dès 2005, alors qu'elle suivait des études en viticulture, puis en 2009, la direction de l'entreprise lui a été transmise. Six champagnes, un coteaux champenois et un ratafia sont élaborés par la maison, je vous présente ici la cuvée Désir, un Blanc de Blancs, établi en Extra-Brut.
Commentaire de la cuvée Désir - Extra-Brut - Doyard-Mahé :

Le nez est expressif et le crescendo aromatique particulièrement net :  macaron léger aux amandes, pain brioché et sensation de craie se succèdent jusqu'à l'aération qui offre quelques accents salins. La bouche est curieusement et agréablement gourmande pour un extra-brut, comme si le chardonnay de base était issu d'une année chaude (2015 ?). 
Les bulles sont encore jeunes et fougueuses en bouche, leur foisonnement installe l'amplitude et la texture crémeuse attendue tout en véhiculant les arômes initiaux perçus, de pâtisseries peu beurrées. 
Entre vivacité et justesse du dosage, on déguste finalement un champagne qui se démarque par son énergie, donc impeccable en apéritif, toutefois assez solide pour passer à table sur une entrée de ris de veau saisis au beurre salé ou un carpaccio de pétoncles si vous préférez le sel plus iodé ! 
Le champagne Doyard-Mahé est représenté au Canada par le Club de Vin et importateur Opimian (en importation privée au Québec).

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31 août 2020 par Monsieur Bulles
Brut Nature par Joseph Perrier Elle va fêter ses 250 ans en 2025 et pourtant, la maison Joseph Perrier n'est pas la plus connue du grand public. Solide et respectée, elle est la dernière maison toujours installée dans l'ancienne capitale commerciale de la région, Châlons-en-Champagne. Au cours des 5 dernières années, la direction générale et la direction des caves ont été transmises à une nouvelle génération qui, pour mieux signaler un vent de renouveau, signe le premier Brut Nature de la famille. Verdict ?

Commentaire de la cuvée Brut Nature de Joseph Perrier :

Alors qu'on pourrait s'attendre à un champagne à la vivacité marquée étant donné la catégorie (Nature / 0 gr), on déguste un vin blanc à la vinosité blonde, construite par le temps. 
Le fruité blanc est net, toutefois légèrement confit (citron confit), gagné par des notes de poires pochées, puis de pêches après un certain temps dans le verre.
La texture est en harmonie avec cet ensemble aromatique mature, elle est onctueuse, illustrée par des perles nouées, longues en bouche.
Aucun accent pâtissier, ni même l'habituel caractère brioché des champagnes dans ce Brut Nature, juste un soupçon épicé qui englobe le volume crémeux. 
On perçoit un travail de patience mené en cave afin de trouver l'équilibre entre l'épanouissement et la fraîcheur conservée, afin d'obtenir une cuvée prête à boire au moment de sa commercialisation. 
Un champagne certes apéritif, que je préconise cependant en ouverture de table, sur un plat d'entrée où s'entremêlent poissons et fruits de mer.
En importation privée au Québec auprès de l'agence Vintage & Associés

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