La cuvée l’Étincelante 2002 du Champagne Tarlant !

J’ai dégusté cette année autour de 350 champagnes et mousseux du monde entier (la moitié moins de l’époque où nous éditions le Guide du même nom) : 193 champagnes pour 158 « bulles » pour être précis.

Voici mes appréciations gustatives, un peu mercatiques ou politiques (il m’arrive de traiter ces dernières dans mes ateliers) au sujet de l’évolution des appellations spécifiques, dédiées aux vins effervescents.

Je commente la cuvée L’étincelante 2002 de Tarlant en fin d’article.

 

Le Trento et l’Alta Langa se distinguent nettement en qualité globale lorsqu’on les compare aux autres méthodes traditionnelles issues de cépages identiques (même champenois).

Le Franciacorta semble traverser une période de « ronflement », de lauriers intelligemment acquis depuis 30 ans, sur lesquels on s’endort… Attention de ne pas décevoir le consommateur, même s’il reste majoritairement italien, donc patriote…

Les Prosecco (DOCG et DOC) démontrent la grande maitrise de la méthode Martinotti par les Italiens : offrir des bulles objectivement soignées en frôlant les 800 millions de bouteilles (par an!) mérite le respect. La preuve : l’Allemagne voisine dans le domaine effervescent reste gourmande et brouillonne, même si une nouvelle génération de vignerons offre de remarquables cuvées, flaschengärung par contre (comme en Autriche).

Le Lambrusco – je devrais écrire les Lambrusci, car il y a tellement de variétés – est sans doute le mousseux qui vit la plus belle renaissance à l’heure actuelle. Malheureusement, il la vit localement du point de vue commercial. Le monde attendra. À vous de visiter l’Émilie-Romagne, vous ne le regretterez pas !

L’Angleterre pèche par son isolationnisme et… ses tarifs prohibitifs ! Ses bulles sont excellentes et originales, toutefois méconnues du consommateur non britannique… Go to London !

L’Espagne, c’est surtout la Catalogne (et son cava) qui sort timidement de sa crise identitaire : une sortie tardive, voire désastreuse, amorcée par une réforme de son cahier des charges en matière d’élevage et d’étiquetage. Guarda Superior et Guarda Superior de Paraje sont évidemment de grands vins, comme l’étaient les Gran Reserva… Ces contenus là (derrière ces vocables affichés) ont toujours été délicieux et authentiques, quels que soient les noms des producteurs… dont certains revendiquent désormais les bulles Corpinnat. Et le basique Guarda – dorénavant – est certainement moins authentique que le basique Corpinnat. Bref, le politique est encore très présent dans le vinique catalan et comme la vérité est dans le verre, laissons-nous le temps de découvrir les prochaines cuvées différemment habillées…

Le Portugal travaille surtout pour son marché local qui reste dominé par les coopératives. À découvrir absolument lorsqu’on est sur place pour ses bulles issues des cépages exclusivement portugais, donc originales et uniques.

En Belgique, il va falloir guetter Belbul : l’appellation qui n’en est pas une, mais qui réunit la crème des bulles Belges. À l’instar du Québec effervescent, le plat pays est sans conteste le terroir qui a le plus progressé en la matière depuis 20 ans et qui offre des cuvées dignes des meilleures en Europe.

La Moldavie est LE pays à observer pour ses bulles dans la prochaine décennie. Avec ses cépages autochtones assemblés aux traditionnels chardonnay, pinots et riesling, elle offre des cuvées remarquables.

Le Brésil, la déception de l’année et pourtant le pays est un laboratoire en la matière. Peut-être est-ce justement ce fait : à force de travailler sur les expériences, on en oublie de travailler sur les aboutissements.

Le Québec : ça fait 30 ans que je le répète, la belle province est un terroir de bulles avec ses cépages hybrides comme avec les cépages dits nobles, c’est au choix du vigneron. Ce dernier doit toutefois se montrer patient avec la seconde fermentation en bouteille. Les meilleurs mousseux québécois sont ceux qui ont passé au moins 2 années sur lattes.

Quant à la France et ses huit crémants, elle semble globalement sur la voie de la relance, certaines régions se montrant plus fringantes que d’autres. La Bourgogne (et ses « éminents ») montre le chemin de ses ambitions, certaines cuvées tiennent la route, c’est de bon augure. L’Alsace a le volume pour freiner la hausse des tarifs tout en restant qualitative. La Loire sauve ses meubles, la nature ne l’ayant pas aidée dans la dernière décennie sur la plupart de ses appellations d’effervescents, qui plus est. Bordeaux compte de plus en plus sur ses bulles, ses cépages se distinguent des autres crémants, il y a une vraie carte à jouer. Le Jura et Limoux sont – selon moi – les deux appellations où le meilleur est offert actuellement. La Savoie et Die, les deux petits poucets du lot, sont absolument à consommer… si vous allez visiter la région ! Car en dehors de la Drôme et de Chambéry, il est difficile d’en trouver.

Mon meilleur champagne de l’année 2025 est donc cette cuvée :

L’Étincelante 2002 de la famille Tarlant.

Un Brut Nature dégorgé en 2018 que j’ai acheté sur place la même année.

31 % chardonnay, 29 % pinot noir et 14 % pinot meunier vinifiés en fût sans fermentation malolactique.

           

Frangipane, tiramisu et orangettes sont les arômes les plus expressifs de cette cuvée dégustée en 2025 qui a montré une impressionnante endurance au niveau de son effervescence, tant dans le comportement foisonnant des bulles que dans leur finesse.

Riche sans être lourd, gourmand tout en restant frais dans les contours, c’est un grand vin blanc qui a été dégusté, donnant l’impression d’un Puligny-Montrachet mature rafraichi par la « pétillance » champenoise. Le meilleur des deux mondes viticoles, en somme !

Lien vers le site du producteur : Champagne Tarlant

 

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