Avec Vincent Chaperon, Axelle Araud assiste Richard Geoffroy depuis 2010 à la pérennité du mythe: un vin millésimé qui porte le nom d’un moine dont la Champagne a fait son ambassadeur de prestige. Au-delà de cette construction icônique et soignée que je précise dans mon dernier livre "Champagnes, guide et révélations", il y a l’art oenologique de savoir franchir les époques et d’accompagner l’évolution des moeurs culinaires… À l’occasion de l’évènement caritatif annuel Montréal Passion Vin, j’ai rencontré l’élégante oenologue pour lui poser 3 questions seulement. Sans détour, les réponses ont été claires.

Vin de luxe
le plus vendu dans le monde, Dom Pérignon est surtout acheté pour son nom, pour son étiquette et son flacon mythiques. Le contenu a toujours été superbe,
mais est-ce que le concept des "Plénitude" a été pensé pour le créditer de nouveau ?

 

  

Vin de luxe et icône, effectivement, c’est la perception qu’en ont les consommateurs. Et si nous savons que parmi eux, il y en a qui en achète sans connaître véritablement le contenu, cela nous stimule plutôt pour le leur faire mieux connaître. L’idée est de les amener dans la compréhension de cet aspect icônique, car Dom Pérignon est une exception; ne serait-ce que parce qu’il est toujours millésimé. 
Cela nous impose de prendre des risques, à la fois quand on déclare ces millésimes et lorsqu’on ne les déclare pas. Pourquoi déclare t-on des millésimes qui n’ont pas été déclarés dans les autres maisons ? Pas parce que nous sommes Dom Pérignon et que nous avons des exigences de visibilités assumées. Simplement parce que nous avons accès à des parcelles qui, même dans des années délicates, nous permettent d’y trouver le meilleur pour composer un Dom Pérignon. C’est aussi cela qui construit la collection unique que nous avons en cave et qui a conduit à créer les Plénitudes.
Les "plénitudes" ont été précédées par les "Oenothèques", lancées en 2000. 
On voulait offrir quelque chose de plus aux amateurs de champagne. Richard Geoffroy a toujours écouté le consommateur et il a voulu aussi l’amener vers les secrets de l’endurance du champagne, un vin rarement perçu comme tel. 
On a changé la communication il y a 2 ans, car le terme Oenothèque faisait un peu intellectuel et n’était pas toujours bien compris. 
Le terme Plénitude est plus compréhensible, surtout à l’international. Il est plus universel et connote la maturité, la sensualité, le plaisir. On doit certes toujours expliquer ce que signifie Plénitude et ce qu’il y a derrière. Mais, c’est aujourd’hui plus facile. 
On ne recrédite pas Dom Pérignon, on fait passer une étape à cette cuvée qui approche bientôt un siècle d’existence. C’est l’étape de l’endurance, du temps qui construit. Le terme désormais choisi est, à ce titre, exemplaire. 
Les plénitudes qu’on nomme P1, P2 et P3 expriment des phases d’évolution du vin qu’on commercialise lorsqu’on le juge à point.

Une grande
majorité des consommateurs ne connaît pas les étapes d’élaboration du champagne
et leurs effets. Même les acheteurs de Dom Pérignon en font partie. Avec le
concept des plénitudes qu’il faut systématiquement expliquer, ne craignez-vous
pas de perdre ces consommateurs ?

  

Même lorsque les Plénitudes n’existaient pas, il fallait expliquer Dom Pérignon, car c’est un vin qui est toujours confronté au temps qui passe. 
La première plénitude arrive autour de 8 années de maturation sur lies, la deuxième autour de 15 années et la troisième arrive au-delà de 25 années sur lies. 
C’est un dégorgement très tardif qui est décidé, selon les comportements des millésimes, par Richard Geoffroy. Le terme a toujours été utilisé dans notre métier; il fait même partie du décret en Champagne. Nous n’avons pas l’impression d’avoir inventé quelque chose de nouveau, seulement quelque chose qu’on rend accessible auprès de l’amateur de champagne.
On ne perd pas nos consommateurs parce qu’en fait, il est plus facile aujourd’hui d’expliquer ce qu’est Dom Pérignon. 
Et ce n’est pas à vous que je vais dire qu’il faut toujours expliquer ce qu’est le champagne. Vous le savez mieux que moi, le champagne, quelle que soit la marque ou la cuvée, doit toujours être expliqué. Parce que finalement, il est comme un rêve. Et comme tous les rêves, on cherche à les expliquer ou à s’en rappeler.

Après ces Plénitudes qui expriment l’endurance d’un millésime, peut-on imaginer du Dom
Pérignon multi-millésimes, façon soléra par exemple, puisque c’est
actuellement la tendance en Champagne: l’assemblage particulier de millésimes
pour des flacons de prestige ?



C’est drôle, c’est la première fois qu’on me pose cette question et je comprends bien d’où elle vient, car effectivement il y un mouvement dans ce sens en Champagne, à l’heure actuelle. 
On ne peut jamais dire jamais, c’est vrai, mais actuellement, ce n’est vraiment pas un sujet qu’on aborde chez nous. 
On a des bijoux en cave qu’on cherche à préserver. On a une collection qu’on cherche à préserver, des millésimes en Plénitude 3 qui dorment en cave. Toutefois, on ne communique pas encore sur ces Plénitudes.
On veut surtout et toujours s’exprimer à travers un millésime et ses étapes d’évolution. 

Dom Pérignon est fondamentalement millésimé. L’observation et l’appréhension de tout nouveau millésime est la signature de Dom Pérignon.

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