Une soléra dans une seule cuve: 17 millésimes additionnés issus seulement de la Côte des Blancs.

Le procédé d’assemblage de plusieurs millésimes sans laisser la place majeure à un jeune vin de base au sein d’une seule cuve n’est pas nouveau en Champagne; certaines maisons et certains récoltants le font pour gérer au mieux la conservation de leurs vins de réserve.

Toutefois, ce que vient de lancer sur le marché la maison Henriot est plus rare puisqu’il s’agit, en quelque sorte, d’une solera non pyramidale de 17 millésimes successifs ! 17 dans une seule cuve !!

Du chardonnay de 4 grand crus de la Côte des Blancs, ayant subi une fermentation malolactique, a été assemblé chaque année à hauteur de 3 % à 20 %, selon les caractéristique des millésimes qui s’étalent de 1990 à 2007.

Mis en bouteille (magnum uniquement) en 2009, dégorgé en août 2014, le vin est issu de la cuve en acier inoxydable thermo-régulée, numéro 38 – d’où son nom – d’une capacité de 467 hectolitres.

C’est Joseph Henriot qui a entrepris ce projet en 1990 et c’est sous la direction de son fils Thomas, soutenu par l’expertise du chef de cave Laurent Fresnet, que le "Cuve 38" est né 24 ans plus tard.

Quelles sont les attentes face à un tel champagne, ici dosé à 5 g et vendu en tant que Brut ?

Si l’on se fie à sa fiche embryonnaire, on est en droit d’attendre un rancio d’évolution, une légère note oxydative et un comportement plus nourrissant que désaltérant.
 
Et pourtant…

Commentaire de la cuvée Cuve 38 – Brut:

D’une très grande fraîcheur au nez, il rappelle d’abord les jeunes Chablis (levure, salinité, bergamotte). Déconcerté puisque je m’attendais à quelques arômes de riz au  lait, voire de pâtisseries, je laisse le vin respirer quelques minutes. Il restera toutefois adolescent dans ses parfums…
Dès l’attaque en bouche, l’effet citrique et fougueux est net, puis la caractère crayeux et minéral s’installe avec une touche de silex qui étonne agréablement. 
L’effervescence est d’une belle onctuosité, c’est elle qui apporte l’équilibre entre la tension des arômes et la texture crémeuse du vin. Son comportement sphérique est dû aux bulles très nouées. 
Le côté beurré que je soupçonnais est plus subtil qu’imprégnant: tantôt riz au lait, tantôt pain au lait grilllé, la tension et la fraîcheur l’emportent nettement. Les touches pâtissières sont plus fruitées que feuilletées.
Il n’y a aucune note oxydative alors qu’il y a 9 années issues du XXème siècle ! 
L’élégance s’impose et le style viennois des arômes que les champagnes Henriot  distillent, pointe à l’horizon…
C’est un champagne majestueux, élégant, long, étiré, équilibré, dessiné dans le détail, toutefois saisissable et rayonnant. Un peu comme la cathédrale de Reims… 
Ça tombe bien, non ?

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