Vous en rêviez, la SAQ l’a fait : 4 nouveaux champagnes ont franchi – du bon côté – la barre des 40 $. Valent-ils le coup ? Oui. Valent-ils le coût ? Non. Il eût fallu franchir la barre des 35 $. Toutefois, l’effort est là et j’espère qu’il va attirer une nouvelle clientèle pour s’initier à l’empereur des bulles. Aucun n’est meilleur qu’un autre dans cette sélection puisqu’ils sont individuellement dans une catégorie différente : un Blanc de Blancs, un Blanc de Noirs, un assemblage typiquement champenois et un Demi-Sec. Et comme on ne compare pas les carottes et les navets, il serait inadéquat de comparer ces représentants de la Marne.

Champagne Tribaut-Schloesser – Blanc de Blancs – Brut – 37,50 $ – code 12398491

Jean-Marie Tribaut dirige aujourd’hui cette maison léguée par ses parents Jean et Suzanne Tribaut.  Avec son fils Sébastien, il gère la quarantaine d’hectares de vignes répartie sur les trois communes de Romery, Aÿ, Cormoyeux et Fleury-la-Rivière (25 hectares en propriété). Maison créée à la fin des années 1920 par Roger Tribaut et René Schloesser, cette maison est reconnue pour ses champagnes dont les vins de base passent un séjour en foudres de chêne, achetés il y a un siècle et dont la contenance peut atteindre 50 hectolitres. La cuvée René est, à ce titre, le champagne représentatif du style de la maison. 

Commentaire du Blanc de Blancs:

Vif et expressif, minéral, orienté sur les fruits blancs acidulés tels que la pomme, la poire ou le citron, puis la pâte feuilletée, ce champagne se fait charnel grâce à son effervescence tournoyante et riche, bien conduite, même si l’onctuosité finale apparaît fuyante et met en exergue un caractère pointu et acidulé. Idéalement, laissez ce vin s’aérer dans le verre, il développera son caractère pâtissier pour mieux vous séduire. L’apéritif au champagne ou l’accord attrayant avec des huîtres assez iodées ou un carpaccio de pétoncles dont le citron "goûtellé" sera le bienvenu pour mieux arrondir les bulles Marnaises.

Champagne Gardet – Premier Cru – Brut – 37,25 $ – code 12398600

La maison Charles Gardet avait été initialement créée en 1895 à Épernay pour être déplacée à Chigny-les-Roses après la Grande Guerre. 3 hectares en propriété et plus d’une centaine en approvisionnements un siècle plus tard, elle entre en partie dans le capital du Groupe Prieux pour être définitivement rachetée par elle en 2010. Christophe Prieux préside aujourd’hui le Champagne Gardet.

Commentaire du vin:

C’est un Blanc de Noirs composé de 2/3 de pinot noir et 1/3 de pinot meunier qui présente une grande fraîcheur de fruit au nez comme en bouche. Le crescendo aromatique allant de la pomme bien mûre jusqu’à la mandarine en passant par quelques accents de réglisse. L’aération du verre offre des notes légères de toasts blonds après quelques minutes. Les bulles sont de calibre moyen, elles forment une effervescence tournoyante et juste assez perdurantes pour un apéritif gourmand. Un champagne au contour classique, plus élégant qu’étoffé, qui, pour avoir fait le test, gagne en expression en le laissant en cave 3 ou 4 années, même si ce n’est pas un millésimé.

Champagne Montaudon – Brut – 39,75 $ – code 12399821

Une marque qui a été rachetée par LVMH en 2008 pour être revendue en 2010 à Jacquart (sans la quarantaine d’hectares de vignes conservées initialement par les descendants de Montaudon). C’est la stratégie commerciale du célèbre groupe de luxe depuis 40 ans, il rachète une maison pour les contrats d’approvisionnements ou les hectares de vignes puis revend la marque quelques années plus tard. Pommery a subi la formule dans les années 1990…
Enregistrée en 1891 à Reims par une famille Ligérienne pour être mutée à Reims par le fils du fondateur Auguste-Eugène, la maison Montaudon a connu le succès dans les années 1930 grâce à Joséphine Baker qui avait sélectionné son champagne pour son cabaret parisien. La marque a disposé de 45 hectares acquis dans les années 1960. Son M rouge étiqueté fut aussi renommé que le célèbre cordon d’une autre marque.

Commentaire du vin:

Levure, fenouil, citron, pomme, poivre blanc, puis pain au lait; ainsi se décline l’analyse olfactive de ce champagne où tout apparaît subtil: les arômes initialement perçus comme le comportement de l’effervescence à la fois volumineuse et aérienne. Laissez-le s’aérer quelques instants dans le verre, il se montrera plus disert et la texture en bouche se fera plus fondante. À essayer sur quelques canapés à la chair de crabe.

Champagne Baron Fuente – Grande Réserve – Demi-Sec – IP (Agence Amphora)

Pas de quartier de noblesse ici, la famille Baron étant ancrée depuis trois siècles dans la paysannerie axonaise et c’est le mariage de Gabriel Baron avec Dolorès Fuenté, une immigrée espagnole, qui décida du dépôt de la marque dans les années 1960. L’exploitation présente une quarantaine d’hectares où domine le pinot meunier, elle est aujourd’hui gérée par les enfants du couple, Ignace et Sophie.

Commentaire du vin:

Le grand frère Brut millésimé est sur les tablettes du monopole depuis 4 ans à moins de 45 $. Ce nouveau champagne est un demi-sec (32 gr à 50 gr de sucre) – il y a désormais 3 champagnes de ce type à la SAQ – ce qui est une occasion pour le découvrir sur un foie gras! Les arômes au nez sont fins, ils rappellent la poire confite, le sucre candy, les abricots frais alors qu’en bouche il conserve sa minéralité locale, ce qui le rend digeste. L’effervescence est aérienne, elle accompagne l’élégance de l’ensemble. Si le foie gras vous déplaît, tentez l’expérience au dessert sur un gâteau meringue très peu sucré.

Après vérification (25 septembre 2014), il semble que la SAQ commercialise non pas le Demi-Sec ci-dessus commenté, mais le Brut Grande Réserve (au même tarif). C’est une erreur d’envoi de l’échantillon lorsque j’ai été prévenu de l’arrivée des nouveaux champagnes sur notre marché. 
Correction assumée, voici donc le commentaire de cette cuvée.

Champagne Baron Fuente – Grande Réserve – Brut – 39 $ – code 12398538

Nez expressif qui s’ouvre des notes de fruits brunis rappelant à la fois la compote de pommes, les prunes jaunes très mûres et le thé aux agrumes. L’attaque en bouche mord juste ce qu’il faut pour titiller la langue, celle-ci étant rapidement imprégnée par une enveloppe effervescente au bulles de calibre moyen. La finale laisse passer quelques accents toastés, on déguste un champagne bien établi, simple et apéritif qui pourrait aussi surprendre agréablement sur un fromage de chèvre frais.

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