À l’heure où les marques de champagne envisagent et assument l’augmentation de leur volume de production, la maison Jacquesson a décidé de réduire le sien et d’offrir en bouteille la diversité parcellaire qu’elle détient.

C’est à la fin des années 1990 que Laurent et Jean-Hervé Chiquet décident de réorienter le positionnement de leur maison, notamment en introduisant sur le marché la série des cuvées multimillésimées numérotées. Hors, ces fameux numéros qui, en une décennie à peine, ont fait la réputation de Jacquesson – établie certes depuis longtemps auprès des connaisseurs – peuvent déconcerter le consommateur s’il n’est pas un adepte de la maison. 

Petite explication donc sur la cuvée à 3 chiffres dont la première fut la 728.
Pourquoi 728 ?
Parce qu’il s’agissait, selon un registre de la maison, du 728 ème vin élaboré depuis la création de cette dernière en 1798.
Et comme on était à la veille de la récolte 2000, c’est celle-ci qui entra en vin de base à 68 % dans le Brut sans Année qui serait vendu sous le nom 728 trois ans plus tard.

Cette cuvée est issue à 68% de la récolte 2000, complétée par les vins de réserve, et provient à 88% des Grands et Premiers crus de la Vallée de la Marne, de la Côte des Blancs et de la Montagne de Reims. Seule la première presse a été utilisée (donc un 100% cuvée) sans subir de filtration, avant une vinification sur lies en foudres. Issue des grands terroirs de la maison, Avize, Aÿ et Dizy, elle est composée d’un assemblage à 37% de pinot meunier, 36% de chardonnay et 27% de pinot noir. 

Depuis la 728, la série a présenté plus ou moins le même assemblage, déterminé par la qualité des cépages lors du cycle végétatif et de la vendange de l’année donnée. La cuvée 737 est actuellement sur le marché.
Jean-Hervé Chiquet précise : "On est capable de vous donner l’âge du vin de chaque bouteille, de dire ce qu’il y a dedans exactement. Les contre-étiquettes sont comme un livret de famille ouvert à tous."

Commentaires des vins disponibles actuellement sur les marchés:

Cuvée 737 (Base 2009) – Extra-Brut

Nez expressif, d’abord orienté sur des notes très, très légères de Xérès, puis d’écorces de citron. Crémeuse en bouche, tout en étant aérienne, l’effervescence présente des bulles menues et nouées qui enrichissent avec "tendreté" la texture du vin. Encore jeune, le vin accroche les papilles, sa minéralité surplombant les arômes de fruits blancs. Un champagne qui devrait se montrer plus consensuel vers 2016, au demeurant excellent aujourd’hui avec un carpaccio de pétoncles citronnés.

Cuvée 736 (Base 2008) – Extra-Brut
voir le commentaire sur le même site.

Cuvée 733 (Base 2005) – Dégorgement tardif – Extra-Brut

Nez très expressif et charmeur de levure, de mie de pain, puis de croûte de baguette, enfin d’un rancio subtil. L’attaque est moins vive qu’attendue, c’est en bouche que le vin se révèle plus nourrissant, plus aromatique et pourtant toujours minéral. Très droit dans le comportement donc, le temps en cave a apporté de la richesse à la texture du vin dont les arômes se montrent plus pâtissiers après quelques minutes dans le verre. Un dégorgement tardif avantageux qu’on pourra servir sur un fromage crémeux…

Les cuvées issus de lieux-dits:

Cuvée Dizy Corne Bautray – Récolte 2004 – Extra-Brut

Un chardonnay au nez plus "exotique" et plus pâtissier (pâte d’amandes) que les autres cuvées de la maison, qui garde toutefois la minéralité locale. Plus ferme également en bouche, le tranchant est bien présent; c’est l’effervescence, grâce à des bulles nouées et persistantes qui apportent l’onctuosité attendue. Le temps a apporté de la consistance, je le préconiserai donc sur une volaille à la crème.

Cuvée Avize – Champ Caïn – Extra-Brut

Nez très minéral (craie) et bouche également typée qui rappelle le caractère salin de jeune Chablis Grand Cru. L’oxygénation du vin lors de son établissement a apporté de la chair et de la vinosité, c’est un champagne où tout se montre fin et long sans le caractère squelettique qu’on trouve souvent sur les blancs de blancs de la Côte des Blancs. Une réussite.

Cuvée Dizy – Terres Rouges – Extra-Brut (Récolte 2008)

Un rosé très coloré (grenadine) issu de macération en saignée et en écoulement. On s’attend donc à une expression marquée des saveurs, toutefois la vinosité en bouche est discrète, même si le fruité rouge est logiquement présent (baies, noyau de cerise).  La fraîcheur iodée, habillée de notes pâtissières, typique de la maison, reste omniprésente tout au long de la dégustation. Un champagne qui joue davantage la carte minérale que la sensation gourmande, impeccable pour un apéritif soigné.

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