Ce titre aurait pu être différent. J’aurais pu remplacer le nom de ces grandes marques de champagne par d’autres, comme Bollinger, Roederer, Moët, Pommery, Deutz, Pol Roger ou Mumm.

Bref, par n’importe quelles autres marques ou noms de récoltants en Champagne, car mon sujet ne concerne pas l’attachement à une marque ou à un vigneron, mais il porte sur un constat :

les saveurs d’une cuvée d’une étiquette donnée peuvent varier au point d’entraîner la désorientation du consommateur.

Tout le monde a ses préférences en matière de goût, toutefois, lorsqu’on aborde le champagne, ce goût est souvent conditionné par le message véhiculé par la marque, par la forme de la bouteille, le design de l’étiquette, la couleur dominante, bref, par l’enveloppe et son traitement « markété »…

C’est du moins ce que je constate en tant qu’intermédiaire entre le consommateur et le champagne.

Il m’arrive de faire des expériences auprès d’amis ou collègues en leur offrant des dégustations d’une seule cuvée, issue de deux ou trois bouteilles différentes qui n’ont pas, cependant, été conservées de la même façon. Non pas pour les tester ou les tromper, mais pour valider cette conviction : si l’on connaît la traçabilité de l’élaboration et de la commercialisation d’un champagne, il est très facile de le faire apprécier ou non à un consommateur dont on connaît les goûts, en le proposant à un moment donné. 

L’expérience associée à des mets est encore plus aisée et facile à démontrer.

Certes, les styles existent et les maisons de champagne travaillent à les construire solidement. Pourtant, il y a des facteurs qui les déforment, notamment dans les phases finales de cette construction: jetting, stockage, transport, entreposage, commercialisation.

Blanc de blancs, blanc de noirs, temps sur lattes, année de dégorgement, extra-brut, brut, millésimé ou rosé sont des paramètres déterminants de l’identité d’un champagne.

Ils sont malgré tout « dosmestiquables » une fois les vins expédiés. Les dégustations « à l’aveugle » (à l’anonyme) offertes à la presse spécialisée le prouvent.

Il n’y en a pas une seule sans qu’un ou plusieurs dégustateurs affirment, une fois les vins révélés, qu’ils ne reconnaissent pas le « style » de tel ou tel échantillon dégusté. Et malheureusement, ce sont souvent des constats de déception…

Mais est-ce vraiment un laisser-aller de la marque de champagne ou un véritable changement de style amorcé par elle ?

Selon moi, ni l’un, ni l’autre. Le laisser-aller est à exclure : le champagne n’a jamais été aussi bon depuis 30 ans.

Quant au « style », lorsqu’une maison le fait évoluer, elle l’annonce publiquement en détaillant ses nouveaux paramètres d’élaboration (approvisionnement, sélection des tailles, récolte, vin de réserve, etc).

Pourtant, j’entends régulièrement, en dégustation : « c’est plus comme avant… » Mais avant quoi ?

Il n’y a pas de bon vin, il n’y a que de bonnes bouteilles, dit-on. Cette formule est aussi valable pour le champagne que les vins tranquilles.

La Champagne viticole est la région la plus pointue en matière de traçabilité depuis la récolte jusqu’à l’expédition des bouteilles. Les maisons et les récoltants connaissent la date de l’embouteillage et d’expédition de leur vin grâce à un code inscrit sur les bouchons. Ils peuvent donc supposer la cause du souci lorsqu’il y en a un, au moment d’une dégustation, pour mieux l’analyser et le corriger.

Si, par exemple, trois bouteilles d’une seule cuvée d’une même marque dégustées en même temps, présentent des saveurs différentes, même si elles sont issues du même lot d’expédition (de la même caisse), c’est qu’un accroc s’est effectivement produit au cours des étapes de leur élaboration et il y a une forte probabilité qu’on le trouve au moment du bouchage des vins.

Si, par contre, trois bouteilles d’une seule cuvée d’une même marque dégustées en même temps, issue chacune de caisses différentes (expéditions et/ou marchés différents), présentent des saveurs différentes, cela n’est que logique, voire explicable : ce sont les mises en marché, les conditions d’achat et les conditions de conservation et de durée en cave personnelle qui ont marqué les vins.

« C’est plus comme avant » est donc une réflexion qui se doit d’être approfondie en testant plusieurs fois le même champagne…

Et si, en effet, elle se confirmait, on optera pour une nouvelle marque, en envisageant, aussi, que nos goûts évoluent avec le temps qui passe…

Suivez-moi sur Facebook

C’est ici