L’appellation Franciacorta, c’est un peu David contre Goliath au regard des chiffres des autres appellations sérieuses de bulles. Alors qu’elle ne représente que 1 % du volume mondial de bouteilles effervescentes, son vin est sans doute le meilleur et souvent le seul à pouvoir se comparer au champagne. Bulles de très grande qualité, elles ont par contre le défaut d’être méconnues des consommateurs… Considérée comme une jeune appellation (1967), ses vins mousseux ont pourtant été élevés les premiers au rang de DOCG et son histoire, en y regardant de plus près, remonte quand même au Moyen-âge…


Comme partout en
Méditerranée, on élabore du vin en Lombardie depuis la Rome antique. Au moyen
âge, les moines possédant le monopole de la conduite de la vigne et de la
vinification dans toute l’Europe chrétienne, ils sont associés dans le commerce
de leur ouvrage à l’aristocratie gouvernante qui possède les terres. 
Le nord de
l’Italie n’échappe pas à cette règle qui va durer jusqu’au XVIIIème siècle,
siècle de l’affranchissement de la paysannerie à qui ont redistribue ces
dernières.

Découpée en Principautés ou en Duchés, toute cette zone transalpine
subira toutefois les conséquences des conflits qui la traversent jusqu’à la
Grande Guerre. 
Parmi ces conséquences, la destruction complète ou partielle des
abbayes et de leurs archives, des archives dont certaines, heureusement
épargnées, remontent au XIIème siècle.

Une naissance
médiévale oubliée

  

S’il est accepté
que l’abbaye St Hilaire de Limoux est le berceau officiel de l’effervescence
vinique, on ne peut occulter que les nombreuses abbayes médiévales qui parsemaient
les contreforts orientaux des Alpes détenaient également des textes rapportant
le frétillement de leur vin. Certains, parvenus jusqu’à notre époque, sont
conservés dans les bibliothèques ou les musées de leur région, la Lombardie
n’échappant pas à ce fait. 

Les écrits du physicien Girolamo Conforti, datés de
1570, mentionnent le caractère « mordant » – terme qui signifiera
pétillant pendant 2 siècles dans les pays latins pour des vins de printemps. Les
échanges épistolaires des cellériers des abbayes, érigées sur les chemins qui
mènent à Saint-Jacques de Compostelle, rapportent sporadiquement, entre 1540 et 1690, le
frétillement des vins en cave. 
La Lombardie aurait dès lors, pu devenir la mère
des mousseux si ses instances gouvernementales y avaient vu de l’intérêt.

Il n’en fut rien et
ce n’est qu’en 1967, que l’état italien enregistre en tant qu’appellation le
nom de Franciacorta, un mousseux qu’élabore depuis 1961 la maison Berlucchi. 
Souvent comparée au Champagne pour son style et sa qualité, elle obtient
officiellement la Denominazione di Origine Controlata (DOC) en 1983, puis
finalement en 1995, la mention DOCG (Denominazione di Origine Controlata e
Garantita).  
Cette
reconnaissance suprême hisse finalement le Franciacorta au sommet du panthéon
oenologique du Bel Paese, lui consacrant ainsi son statut de grand vin
mousseux. 
Par ailleurs, si le cahier des charges de l’appellation stipule que
les vins de Franciacorta soient exclusivement élaborés selon la méthode
traditionnelle (Metodo Classico), il faut surtout retenir qu’il est l’un des
plus stricts et des plus précis parmi les réglementations des mousseux
internationaux. 

Là est l’atout de la constance de sa qualité. C’est un
mousseux contemporain qu’on a construit selon les paramètres connus et éprouvés
de l’effervescence vinique. 
L’établissement de ses catégories claires et
précises témoigne de cette maîtrise.

  

Un nom aux origines
controversées

  

L’étymologie du mot
Franciacorta vient des termes Francae Curtes, nom donné durant l’époque féodale
aux communautés de moines bénédictins français venues s’installer dans la
région pour y cultiver la vigne. Ces communautés étaient exemptées des taxes
princières en échange de leurs bons et loyaux services. Francae Curtes signifie
donc franc de taxes. Véhiculé pendant 5 siècles, évoluant avec la langue
italienne, le terme a fini par définir la région dans son ensemble.

  

Toutefois, une
origine curieusement plus ancienne, divise les sémiologues. Francae
 Curtes se traduirait par Petite France dans la langue latine employée par
les carolingiens au IXème siècle. 
Alors qu’il y cantonnait ses troupes,
Charlemagne aurait donné ce nom à cette région qu’il affectionnait parce
qu’elle lui rappelait son pays d’origine. L’hypothèse est d’autant plus légère
que le paysage de Brescia et celui d’Aix-La-Chapelle n’ont pas de point commun
sur le plan paysager.

  

Seule l’origine de la délimitation
géographique de ces communautés monastiques est une juste certitude puisqu’un
registre archivé à Brescia, datant de 1277, identifie une aire entre les
fleuves Oglio et Mella, au sud du lac d’Iseo. Le texte porte sur les taxes du
passage d’un pont sur la rivière Mella qui permet la jonction des villages de
Rodendo et Gussago. L’exemption d’impôt, le « port franc » accordé
aux moines apparaît donc plus solide dans ce texte que la version de l’empereur
à la barbe fleurie.

  

Un mousseux moderne à l’avenir confiant

  

La surface actuelle
de l’appellation pourrait être doublée. Cependant, le « consorzio »
est sage et observateur, bien conscient que les règles peuvent évoluer – l’Italie viticole est passée maître dans le domaine ! – et que finalement,
leur vin effervescent est excellent ainsi. 

107 producteurs exploitent une
surface qui frôle les 3000 hectares. Sur les 45 millions de bouteilles stockées, 17 millions sont commercialisées chaque année. En analysant les travers des
autres appellations de vins effervescents en Europe, les producteurs lombards
ont, depuis les années 1970, défini avec précaution les étapes d’élaboration de
leurs vins, ainsi que les catégories qui pouvaient en découler. 
La catégorie Satèn
en est un bel exemple. D’abord exclusivement réservée au cépage chardonnay qui
représente plus de 80 % de l’encépagement, elle a rapidement pu être comblée
par l’apport à 50 % maximum de pinot blanc, l’autre cépage blanc de
l’appellation qui représente 5% du terroir planté. 
Cuvée Blanc de Blancs donc,
son succès commercial tient surtout dans le fait qu’elle répond aux attentes du
consommateur actuel qui désire des mousseux onctueux dans le comportement de l’effervescence. Et pour l’obtenir, il a suffi de réglementer une liqueur de tirage d’au plus 18
gr/l qui engendre au maximum 4,5 atmosphère lors du dosage. Les cuvées Saten
sont devenues les plus convoitées. 
L’assemblage de récoltes est de mise,
toutefois, dans le cas d’une cuvée issue d’un seul millésime, 85 % du
vin doit être issu de l’année indiquée de la vendange. La liqueur de tirage ne doit pas
excéder 25 grammes de sucre de canne par litre pour les catégories classiques,
aujourd’hui déterminée par l’Union Européenne. L’élaboration du vin doit être d’au moins 25 mois, sa période de seconde fermentation en
bouteille (prise de mousse et élevage) doit être de 18 mois au minimum. Si le vin est millésimé, la période
d’élevage doit durer au moins 30 mois. Quant à la mention Riserva, si appréciée
des Italiens, elle désigne un Franciacorta qui aura connu 60 mois de cave avant
sa commercialisation !

  

Il n’y avait pas de cuvée Brut Rosé en 2000,
pourtant l’engouement était bien là au regard des autres effervescents de la planète. L’appellation y est venue progressivement… 
Le Franciacorta Brut Rosé représente
aujourd’hui 15 % de la production. Le pinot noir, le troisième cépage de l’appellation, doit entrer pour 25 % dans l’assemblage du vin. Il se peut que ce pourcentage augmente en 2018.

  

Malgré la rigueur du cahier des
charges qui engendre, selon moi, le meilleur mousseux d’Europe, le Franciacorta
reste un vin effervescent méconnu en dehors de l’Italie. Et pour cause, 88% de
sa production est commercialisé localement ! Les Lombards l’ont forcément
comparé au champagne dans un besoin de reconnaissance sociale pour finalement
comprendre qu’il avait sa propre identité, sa propre authenticité.  

Confidentiel dans sa production puisqu’il correspond à 5 % de la production annuelle de
champagne et à 1,6 % de l’entreposage de ce dernier, le Franciacorta séduit les amateurs de bulles grâce au travail de ses ambassadeurs élaborateurs dont les meilleurs se présentent sous les noms de Bellavista, Ca’del Bosco, Curbastro, Il Mosnel, Guido Berlucchi, Barone Pizzini, Castello Bonomi, Élisabetta Abrami, Antica Fratta, Enrico Gatti, Villa Crespia Muratori, Ferghettina, Quadra ou Cola Battista.

Si vous croisez une cuvée de l’un
d’eux, préparez-vous à l’addiction !

 

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