Parmi la soixantaine d’appellations d’origine protégée Espagnoles, Ribera del Guadiana est particulièrement méconnue parce que la région qui l’héberge est sans doute l’une des moins visitées du pays. En effet, qui connaît l’Extremadura ? Qui décide d’aller en vacance dans cette région aride du sud-est espagnol ? Personne pour ainsi dire. En général, lorsqu’aucune mer ou aucun océan ne longe une région, le tourisme la boude. Pour les amateurs de vin, c’est autre chose… On peut y trouver des trésors accessibles.

  

San Marcos est le seul domaine viticole
d’appellation Ribera del Guadiana présent sur le marché du Québec, à travers la
marque Campobarro : un vin rouge à moins de 11 $ ! Invité l’été
dernier dans la région qui l’élabore, je m’attendais à y trouver des vins au
profil peu complexe dû à des rendements élévés et destinés surtout à des
marchés internationaux de grande distribution ; bref, des vins très abordables
certes, mais sans personnalité.

  

Je me trompais.

  

Sous 35 degrés et sur une terre aride,
rougeoyante d’argile que se partagent vignes et oliviers, j’y ai découvert des
vins blancs, rosés et rouges à multiples facettes de qualité, déterminées par
les étapes de leur élaboration et dont le seul défaut, finalement, est d’être
peu exposés ou commercialement discrets.

  
« Dans l’océan des vins rouges et des
tempranillo que l’Espagne offrent sur tous les marchés, il est difficile pour
nous de lutter contre les rioja, les priorat, les navarra et les autres vins du
nord du pays parce que personne ne connaît notre région. Même quand tu dis
Rioja à quelqu’un qui ne connaît pas l’Espagne, il sait que tu lui parles de
vin. Quand tu lui dis Guadiana, il ne sait absolument pas de quoi tu lui
parles? » de me répondre Émilio Cartolano Gonzalès, directeur export de
San Marcos. « Même les espagnols ne nous visitent pas alors qu’on a trois
villes exceptionnelles sur le plan historique et architectural ! »

  

En effet, la visite trop rapide de Badajoz,
Mérida et Cacéres m’ont vraiment donné l’envie d’y retourner : Cacéres et
sa forteresse almohade, Mérida et ses théâtres romains, Badajoz et ses créneaux
mauresques ; ses trois joyaux nous plongent dans l’histoire du Moyen-âge
méditerranéen, quand l’art et la culture arabes dominaient toute la péninsule
ibérique. Et parce que ce sont justement les Maures qui livrèrent le secret de
la distillation, le vin est devenu partie intégrante des arts de la table dans
ce sud espagnol brûlant et sec.

  

Une vingtaine de bodegas forment la route du
vin de la Ribera del Guadiana, rivière qui, autrefois, formait la frontière
entre le Portugal et l’Espagne. Le tempranillo règne ici en maître avec les
habituels syrah, carignan, merlot et cabernet-sauvignon. 
Côté vin blanc, le
macabéo partage ses parcelles avec les cépages autochtones pardina et cayetana.
Le Pardina 2014 de Campobarro se révèle très expressif au nez et en bouche,
offrant des saveurs d’agrumes dans une chair ronde au contour mordant, impeccable
pour se rafraîchir autour d’un bouquet de crevettes. Le Rosado de Campobarro
est un rosé de syrah et de tempranillo à la fois ferme et rond, taillé
davantage pour la table que l’apéritif. 
Quant à la cuvée Seleccion 2013 de
Campobarro, un rouge de Carignan et de tempranillo qui n’a connu que 6 mois de
fût, elle a occulté la plupart des autres vins rouge – même les plus
travaillés, les fameux reserva – par son nez chocolaté et mentholé, sa bouche
fondue grâce à des tanins soyeux et sa finale juste assez épicée pour compléter
l’accord avec de l’agneau braisé.    

Si l’on devait poser le doigt sur un souci
récurrent des vins de l’appellation, ce serait sans doute la puissance des
vins, l’alcool qui pointe en finale de dégustation. 
N’est-ce pas logique quand
il peut faire 35 degrés en mai ? 

Toute la complexité dans la conduite de
la vigne et l’élaboration des vins est là : maîtriser la chaleur pour
qu’elle n’empiète pas sur le fruité. Le jeune oenologue de San Marcos, Antonio
Garcia Rebello, l’a bien compris et ses essais en matière de maîtrise de la
surface foliaire devraient rapidement apporter de nouvelles options : si
la feuille génère la photosynthèse nécessaire à la qualité du fruit, elle peut
être aussi un paravent qui protège la baie des brûlures solaires et du
flétrissement, la conduite de l’effeuillage est donc localement très
importante.

  

Enfin, si la localisation de l’appellation
Ribera del Guadiana est contrariante en matière oenotouristique du fait de
l’éloignement de Madrid, ville aéroportuaire nationale dominante, l’idée de
visiter la région en passant par le Portugal est sans aucun doute plus
judicieuse. En atterrissant à Lisbonne, on est à deux heures de route de
Badajoz ! Et sur cette route de l’Alentejo lusitanien qui offre aussi des merveilles
viniques, on ne manquera pas de visiter l’entreprise de liège Amorim grâce à
qui nos apéritifs, nos repas, finalement notre vie, font « pop » et
alimentent nos joies quotidiennes !

 

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