Si vous interrogez un producteur de champagne ou de cava au sujet du prosecco, il vous dira que ce dernier représente LE concurrent commercial de la dernière décennie. Pourquoi ? Parce qu’après avoir mis 20 ans à assumer la méthode Charmat (ou Martinotti, qu’on appelle même aujourd’hui Italienne) entre 1970 et 1990, les Vénitiens ont compris comment conquérir le monde des bulles au début des années 2000. Sauf que, parfois, "The World is Not Enough"…

Lorsqu’en 2009, le Prosecco a acquis les fameuses lettres de noblesse vinique italienne DOCG, les complications en matière de promotion de l’appellation ne faisaient que commencer…

Le consommateur "lambda" qui achète un Prosecco n’achète pas une DOC ou une DOCG, il achète du Prosecco. 

Or, ce terme, presque aussi populaire aujourd’hui que le terme champagne, employé à tort et à travers pour exprimer un vin mousseux, apparaît désormais sous 5 étiquettes désignant le même contenu: Conegliano Valdobbiadene Prosecco Superiore DOCG, Prosecco DOC Treviso, Prosecco DOC Trieste, Prosecco DOC et Asolo Prosecco Superiore DOCG. 
De quoi perdre son latin si l’on n’est pas initié à cet effervescent qui, en vingt ans, a mondialement créé une demande plus forte que ce qu’il a à offrir… 
Un "success story" qu’il a fallu tenter de contrôler.
C’est pour cela que les instances vénitiennes, italiennes et finalement européennes ne pouvaient demander aux producteurs qui élaboraient du Prosecco DOC avant 2009 d’abandonner ce terme pour le laisser aux seuls vignerons ancrés dans la zone de Valdobbiadene et de Conegliano, érigée en DOCG. 
En effet, les producteurs du bon côté de la frontière, soit l’intérieur de cette zone,  vendent 75 millions de bouteilles, tandis que les producteurs du mauvais côté de la frontière vendent 340 millions de bouteilles !
Interdire la mention Prosecco sur les étiquettes de 340 millions de bouteilles eut été un suicide commercial, donc un marasme économique pour la région.

On a donc laissé et autorisé l’emploi du terme Prosecco à tout le monde, sauf que…

Sauf qu’il fallait quand même crédibiliser les 4 fameuses nouvelles initiales. 
Que signifient-elles si ce n’est une notion de supériorité de qualité ? 
Ce G ajouté qui stipule une garantie d’état doit aussi signifier une notion de territoire, une notion de terroir. Une nouvelle mission s’imposait alors aux heureux élus…

Le prosecco a t-il un terroir ? Bien sûr que oui. Mais ceux qui le guident depuis 20 ans ont négligé sa nature au profit de sa fécondité. Et ils ont eu raison puisque le Prosecco est devenu le premier mousseux vendu dans le monde !

Aujourd’hui, les producteurs de Prosecco Superiore Conegliano Valdobbiadene DOCG sont en mal de reconnaissance en matière de qualité de leur vin. 
Pourquoi ? Parce que la notion de volume a toujours porté ombrage à cette dernière. Dans l’univers du vin, quand c’est gros, ce n’est pas bon et quand c’est petit, c’est excellent. C’est un raisonnement stupide que malheureusement la "snobmellerie" actuelle véhicule en restauration. 
Même si la Champagne distribue annuellement le même volume de vin que la Vénétie effervescente, le tarif moyen d’un champagne, 5 fois plus élevé que celui d’un prosecco, crédibilise davantage sa qualité.

Et le cava, me direz-vous ? Le sujet est quelque peu différent puisqu’on parle ici d’une appellation d’élaboration et non de terroir. 
C’est d’ailleurs pour cela que le Cava traverse une crise d’identité…
Effectivement, le "Cava" vend également le même volume de vin mousseux que la Champagne et la Vénétie, toutefois, le recours au jus provenant de plusieurs régions espagnoles, externe à la Catalogne, entraînent des dérives qui touchent à l’authenticité et à la qualité du cava. 
D’un point de vue commercial, c’est à dire en comparant le tarif moyen d’une bouteille de cava avec celui d’un prosecco, cette Catalogne élargie est sans doute le plus proche et le premier concurrent du prosecco dans le monde. 

Sauf que le coût de production d’une bouteille chez l’un est loin d’être le même chez l’autre.
Et puis… Il y a ces saveurs. 
Les saveurs du prosecco: mono-aromatiques, simples, vives, tendres et faciles, hyper charmeuses auprès des jeunes consommateurs dont le porte-feuille est moins garni que celui de leurs aînés. 
Les producteurs Vénitiens l’ont bien compris…

Les saveurs du cava et du champagne ont un point commun qui déplaît à la jeunesse autorisée à boire de l’alcool: les levures et les accents maliques.

Pourquoi la catégorie Demi-Sec et toutes ces bouteilles habillées de blanc ou d’argent, de champagne ou de cava, qu’on invite à consommer sur glace fleurissent actuellement ? 
Parce que le sucre couvre les saveurs d’élevage. Parce que ces flacons à l’habit clinquant peuvent concurrencer le Prosecco.
 
Mais, pas son tarif.

Donc le prosecco va très bien ? Ben non. 

Le terme se porte bien. Aujourd’hui, tout le monde le connaît. Mais ceux qui l’élaborent se portent mal à cause de l’image véhiculée. 

En ayant acheté du Prosecco depuis plus d’une décennie sans connaître ses cépages et son terroir, le consommateur s’est habitué à consommer un produit plutôt qu’une culture, plutôt qu’une région, plutôt qu’une appellation d’origine protégée et contrôlée.

Elle est là la prochaine mission des producteurs de Prosecco Superiore DOCG : vendre du vin, vendre une identité ancrée.

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