En introduisant les désherbants dans la viticulture au sortir de la seconde guerre mondiale, on ne s’attend pas à ce qu’ils anéantissent l’essence même des appellations d’origines contrôlées, instituées 25 ans plus tôt. Que voulait alors démontrer le principe des AOC ? Qu’en un lieu donné et précis, au sol et au microclimat particuliers, un cépage apporterait un goût authentique, inconcevable ailleurs. Qu’un terroir précis avait un goût propre.


Le viticulteur de l’époque voit logiquement dans le désherbant que l’industrie lui propose, une aide
précieuse à son dur labeur lui assurant un gain de temps et un bouclier
pratiquement inviolable face aux champignons, aux insectes ou aux
microbes.  

Ce que le viticulteur de
l’époque omet de voir, c’est que sa vigne vit à partir des micro-organismes et
ces derniers vivent et diffèrent en fonction des caractéristiques du
micro-climat.

En tuant les vies du sol, les désherbants vont progressivement tuer les
facteurs nécessaires à la vigne.  

Arrive alors la parade de l’homme : l’engrais chimique pour nourrir cette vigne. Comment ? En la déshydratant.  

La vigne ayant besoin d’eau pour
survivre, elle va l’emmagasiner à l’excès, provoquant une croissance exagérée
donc déséquilibrée; mais la
production est là et elle satisfait tout le monde car tout le monde
s’enrichit. Sauf la vigne qui perd la mémoire ! Elle en oublie les solstices et les cycles solaires
quotidiens et la seule défense qui lui reste, c’est la pourriture. On entre alors dans le cercle vicieux
des recherches scientifiques et l’homme, toujours plus avide de conquérir des
marchés, lance l’anti-pourriture. Réaction de la vigne affaiblie : des nouvelles maladies.  Réaction de l’homme : les
traitements systémiques !  
 

Ça y est, on y est !  On
n’est plus à la surface de la vigne, à son simple contact, on est en elle.  On touche la sève.  On va enfin pouvoir contrôler son
métabolisme.  Et qu’est-ce qu’il y
a au bout du parcours ? Le goût ! En contrôlant la
vie de la vigne, l’homme va pouvoir contrôler le goût, son goût. C’est la course aux enzymes et aux
levures. Artificielles, bien sûr. 
 
« Tu veux du cassis dans ton merlot ? »  
« tiens, voici l’enzyme XYZ.  Efficace et sans aucun danger. » 
« ah, c’était de la lavande que tu voulais ? » 
« Tiens, ça c’est
l’enzyme ZYX.  À ta prochaine
récolte, ton vin rouge sentira la Provence !! » 
« Et pour la cuvaison et le travail dans les chais, vous avez des
solutions, juste au cas où ? »  
« Évidemment Monsieur, la
technologie aujourd’hui, c’est un jeu d’artifices !! »

 

Effarant, dites-vous ?  
Certainement.  
La réalité
dépasse toujours la fiction.  

Lorsqu’au début du XX ième siècle, après la crise phylloxérique, le
vigneron accablé et ruiné, espère une aide des prémices de la recherche
scientifique en viticulture, il ne peut se douter que son petit-fils en viendra
à manipuler la vigne, plutôt que de la guider.  
On ne peut pourtant l’en blâmer.  

On enfermait bien les gens qui prétendaient que
l’homme volerait et atteindrait un jour la lune !
Un siècle plus tard donc, une certaine viticulture s’élabore en
laboratoire et face à elle, quelques irréductibles vignerons luttent avec un
nouveau concept, qui n’a de nouveau ou de moderne que le nom : la
biodynamie.  

Et qu’est-ce que la
biodynamie ?  

Simplement le respect
du métabolisme de la vigne par le respect de son environnement. Déjà au Moyen Âge, les moines utilisaient les propriétés médicinales
des plantes pour lutter contre les ennemis naturels de la vigne et utilisaient
les astres du ciel pour guider les récoltes.  Ils avaient compris que seules la vraie lumière, la vraie
eau et la vraie terre donnaient une identité, une authenticité à la vraie
couleur et au vrai goût du vin. 

Au-delà des modes et du commerce, la biodynamie ne repousse pas la
technologie, elle écoute d’abord la nature sans la précipiter. Elle utilise simplement les qualités de
la nature sans vouloir les épuiser. 
Les contrariétés rencontrées ne sont pas anéanties, mais étudiées pour
connaître les raisons de leur présence car dans la nature, tout est
complémentaire.

Il y a encore 30 ans, on a crié aux fous, aux illuminés du cosmos ou
aux écolos anti-progrès lorsqu’une poignée de vignerons suisses et français ont
revu leur façon de travailler la vigne.  
Curieusement, de grands noms du vin s’intéressent aujourd’hui de plus en
plus à la biodynamie et ceux qui en sont devenus adeptes obtiennent de tels
résultats, qu’ils deviennent les plus ardents défenseurs de ce mode de culture,
inventé dans les années 1920 par l’Autrichien Rudolph Steiner.  

Et cette philosophie de viticulture
n’est plus seulement européenne avec des locomotives dans la plupart des
appellations (Cazes, Chapoutier, Joly, Pujol, Bizes-Leroy, Trapet, Larmandier,
Eymann, Granges-Faiss, Palacios, Albet I Noya, Niccolaini ou Eblin-Fuchs), elle
est mondiale (Reyneke-Farquharson, Milton, Castagna, Sinskey ou Espinoza) et
pour comprendre les résultats de la biodynamie, il suffit de goûter à tous
ces grands vins.    

 

   

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