4 déc. 2017 par Monsieur Bulles
Parcelle du Château Mont-Redon Première appellation d'origine contrôlée française déposée en 1936 avec quelques autres, Châteauneuf-du-Pape est tellement reconnue pour son vin rouge qu'on en oublie qu'elle produit 7 % de vin blanc. Pierre Fabre, directeur général et responsable des vinifications du Château Mont Redon était à Montréal début novembre 2017 pour mieux véhiculer l'endurance du vin rouge chateauneuvois à travers une verticale de son domaine, sans oublier son vin blanc. Terroir de truffe noire, l'appellation dispose de treize cépages autorisés dont six blancs qui, assemblés ou non, forment un partenaire culinaire idéal avec ce diamant noir, convoité par les plus grandes tables étoilées du monde. En ce quatre-vingtième anniversaire de l'appellation qui vient de s'écouler, arrêtons-nous sur cette harmonie odoriférante.
Invité au début de l'année dans le Vaucluse par la Fédération des Syndicats des Producteurs de Châteauneuf-du-Pape en pleine période de cavage (l'action de rechercher la truffe), j'ai pu apprécier les subtilités du terroir châteauneuvois grâce au professeur Georges Truc. 
Oenogéologue-consultant dans la vallée du Rhône, il avait été mandaté par le syndicat pour initier quelques journalistes canadiens à la nature du sol local et à ses effets sur la vigne. 
C'est sur une parcelle typique de cailloux roulés appartenant au Château Mont-Redon que le rendez-vous avait été convenu.
Remarquable pédagogue, il a surpris son auditoire en affirmant immédiatement, pour nous mettre au parfum, que « le sol argilo-calcaire n'existe pas ! Ça ne veut rien dire. » 
« Il nous semble pourtant que ce terme revient à 80 % dans nos conversations pédo-oenologiques, non ? » de lui répondre.
« Certes, mais il embrasse trop de caractéristiques et lorsqu'on est en présence des sols rhôdaniens, que ce soit celui de Châteauneuf, Tavel, Rasteau et d'autres, il faut être plus précis, car l'influence de leur diversité est considérable sur la vigne, donc sur le vin. »   

De la géologie hétéroclite   

Il me faut donc présenter ici les familles de sol du célèbre terroir papal, guidé par la verve de Georges Truc, retranscrite au mieux de ma compréhension. Elles sont ici résumées, car lorsque vous dialoguez avec un géologue passionné, la remontée de l'échelle des temps géologiques reste complexe même lorsqu'on a fait ses humanités.   
On ne reconnaît donc pas seulement quatre types de sols à Châteauneuf-du-Pape, comme très souvent exposé, mais six. Et encore, je vais simplifier...    
Les pierres de calcaire brossé (Beau Renard, Les Pradels, etc) avec banc marneux, issues du Crétacé, constituent les reliefs habillés d'une végétation méditerranéenne dense à chênes verts dominants, situés à l'Ouest de Châteauneuf-du-Pape ; c'est le premier terroir.   

Les sables (Rayas, Le Cristia, etc), ces fameux « Safres » du Miocène sont des sables à grains fins, déposés dans la mer Miocène (fin du Tertiaire) entre les Alpes et le Massif Central ; ils occupent de vastes superficies à l'intérieur de l'AOC Châteauneuf-du-Pape (côté Nord et Nord-Est) ; c'est le deuxième terroir. 

Ils se partage la zone avec les « Grès rouges », également du Miocène : un banc de grès très résistant formant un plateau au Nord-Est du village (Rayas, Nalys, Grand-Pierre) ; ici, c'est le deuxième terroir bis (et non le troisième).   

Cette même zone termine sa course sur des sables marins du Pliocène emboîtés dans les safres, uniquement présents dans la partie orientale de Châteauneuf-du-Pape ; c'est lui, le troisième terroir.   
Les fameux galets roulés (La Crau, le Coudoulet, etc) des hautes terrasses alluviales sont, en fait, une accumulation caillouteuse à galets de quartzites (grains de quartz cimentés par de la silice), mise en place dans l'espace rhodanien au début du Quaternaire, alors que le Rhin empruntait la vallée de la Saône et donnait au Rhône une extraordinaire puissance. Postérieurement à ce dépôt, une longue altération climatique a provoqué la dissolution de la majorité du matériel initial (galets de granites, de roches métamorphiques et de calcaires), laissant intacts les galets de quartzites. Les résidus de cette altération (silice, alumine, divers éléments chimiques) se sont recombinés pour donner des argiles (silicates d'alumine) vivement colorées par des oxydes de fer. C'est le quatrième terroir.   

Viennent ensuite ce qu'on appelle les colluvions (dépôts de versants et des terrasses intermédiaires) qui distribuent, sous l'effet de l'érosion, des galets et des argiles qui nappent les versants et contribuent à enrichir les terrasses intermédiaires (altitude 100 m : la Solitude - altitude 70 - 85 m : Les Fines Roches, La Nerthe, Pié Redon - altitude 55 - 65 m, côté Nord : Palestor, Beaucastel). C'est le cinquième terroir.   

Et enfin la basse terrasse du Rhône, située au Sud : une vaste étendue de galets et de graviers de nature variée, de sables et d'argiles avec peu d'altération (altitude 30 - 35 m). C'est le sixième terroir.   
De la complexité sans typicité ou de la typicité grâce à la complexité ?   

Vous l'aurez compris, cette diversité de sols et de sous-sols combinée aux treize cépages de l'appellation confirme la complexité des vins obtenus. 
Et cette apparence d'insolubilité devrait balayer la notion de typicité, tellement répandue dans la littérature vinique contemporaine : il ne peut pas y avoir de typicité dans les vins de Châteauneuf-du-Pape à cause de la nature même des lieux, des cépages et du cahier des charges instauré ; bref, à cause des éléments qui forment ce qu'on appelle le terroir. 
Son terroir est finalement trop opulent pour distinguer le produit qui en découle.   
Un seul cépage sur un sol typé donne un vin reconnaissable, mais treize cépages sur un sol aux multiples singularités donne un vin indiscernable. 

Treize cépages ? Plutôt vingt-deux puisque six d'entre eux existent en noir, en blanc, en gris et même, en rosé !   

Pourtant, lorsqu'on les déguste, les vins rouges castels-papals sont reconnaissables et se distinguent de leurs voisins rhôdaniens. Majoritairement employé dans les assemblages, le grenache noir est peut-être la colonne vertébrale qui permet cette signature, associé à un autre facteur local, le mistral. 
Ce vent froid et violent qui vient du nord est finalement aussi crucial pour l'appellation que ses galets roulés, car il chasse les nuages après les orages, assèche le raisin après les pluies ou le déshydrate pendant les vendanges. 

Finalement aussi dévastateur que salvateur, le mistral représente le souffle identitaire de Châteauneuf-du-Pape. 
Et dans le verre, il s'illustre par le caractère digeste du vin, malgré le titre d'alcool minimal le plus élevé de toutes les appellations de l'hexagone.
   
Dans tous les cas, s'il vaut mieux chercher l'autographe du vigneron dans l'éclectisme des vins rouges, on trouvera davantage de typicité parmi les vins blancs de l'appellation grâce au fait que les 2/3 des six cépages autorisés sont plantés sur les villages de Châteauneuf et de Courthézon, et qu'il est moins rare de déguster un 100 % clairette ou un 100 % grenache blanc qu'un 100% grenache noir. 
L'appellation, rappelons-le, autorise en effet l'emploi unique d'un seul cépage parmi les treize autorisés.   Les cépages blancs castels-papals sont moins tributaires les uns des autres dans la construction et l'équilibre du vin que les cépages noirs.  Reste que le Châteauneuf-du-Pape blanc est complètement méconnu des consommateurs. 
Et pour cause, 225 hectares de vignes sur les 3 230 hectares de l'appellation ; à peine 800 000 bouteilles élaborées chaque année.  

La parenthèse Mont-Redon pour sa verticale à Montréal

1990, 2007, 2010, 2012, 2013, 2014 et 2015 étaient au programme lors de la visite  de Pierre Fabre à Montréal pour accompagner le talent de Jérôme Ferrer dans les assiettes du restaurant l'Européa. 
Une verticale de rouge pour démontrer l'endurance du vin papal, souvent négligée au profit de celle des voisins du nord, Hermitage et Côte-Rôtie.

Pour la mise en bouche, le millésime 2016 en blanc fut juste assez jeune et pointu pour réveiller les papilles et suffisamment gras pour nous rappeler l'ampleur des grands blancs rhôdaniens. Cette chronique est là pour prouver que le blanc local est parmi les plus grands vins blancs de garde...

Un p'tit coup d'rouge donc !
Mont-Redon 2015 : Du gras, une mâche assez ferme avec des tanins pourtant soyeux, donc de l'élégance avec un fruité rouge classique et attendu.
Mont-Redon 2014 : Pas fermé, mais serré et très fin dans l'enveloppe panique, épicé, voire poivré, comme si la syrah dominait le grenache. Superbe de jeunesse, espérons qu'il soit endurant.
Mont-Redon 2013 : Gras en bouche, un tantinet cuit dans les saveurs de fruits rouges, peut-être le plus fermé du lot, le moins exubérant. À redouté rapidement.
Mont-Redon 2012 (il vient d'arriver au Québec à 44,25 $, je détaille donc le commentaire) : Puissant au nez, il se montre plus élégant en bouche autour d'arômes de confiture de fruits noirs et de notes fumées. Les olives ne sont pas loin non plus, elles apparaissent en finale après la découverte d'une texture ronde, déjà en évolution. Très agréable à boire aujourd'hui, il va s'endormir entre 2019 et 2013, pour mieux se réveiller par la suite. Offrez-vous sa générosité aujourd'hui, patientez pour découvrir sa somptuosité.
Mont-Redon 2010 : D'une très grande classe autant dans les arômes subtils de fruits noirs et d'épices que dans le comportement velouté en bouche. Il charme, il est mon préféré du lot et il devrait encore durer dans le temps...
Mont-Redon 2007 : Tout apparaît cuit dans les arômes et pourtant, l'acidité qui enveloppe le volume fondant en bouche, lui donne une énergie manifeste. Il déroute, donc il séduit.
Mont-Redon 1990 : Les pruneaux et le cacao sont bien présents, on s'attend à une logique oxydation et pourtant son côté aérien qui glisse en bouche occulte cette dernière. Il est mûr, il est animal, il est prêt à boire. Il prouve aussi qu'un châteauneuf-du-pape de 27 ans, ça tient encore la route !

Melanosporum et brumale, l'autre trésor châteauneuvois   

Quant à la truffe, elle est l'autre emblème local, même si on la trouvera dans toute la vallée du Rhône. En fait, il existe une centaine de variétés de truffes, toutefois, seulement six sont commercialisées en France et cinq y sont produites. 

Localement, la Tuber melanosporum et la Tuber brumale sont les plus répandues (Périgord, Provence et Tricastin). 

La Tuber magnatum est la truffe blanche d'Alba qu'on trouve en Italie (essentiellement dans le Piémont) et en Croatie. 

La Tuber uncinatum est celle de Bourgogne, la Tuber aestivum est la truffe de la Saint-Jean parce qu'elle se récolte l'été et non l'hiver, comme les autres. 

Et enfin, la Tuber mesentericum qu'on récolte à l'automne sur le même terroir que la melanosporum et la brumale.   
La truffe est connue depuis l'Antiquité et bien des légendes existent à son sujet, toutefois, son origine et sa naissance restent mystérieuses. 
L'INRA (Institut national de la recherche agronomique) en France a dernièrement dévoilé que ce champignon, contrairement à d'autres, se reproduit de façon sexuée : il y a donc une truffe mâle et une truffe femelle. 

C'est une truffe mature qui, grâce à ses spores germés, accroche un filament mâle ou un filament femelle à la racine enterrée d'un arbre. Ainsi naissent des mycorhizes qui, après plusieurs années, fusionnent : un mycélium paternel et un mycélium maternel donneront au printemps une truffe embryonnaire qui arrivera à maturité l'hiver qui suit. 
L'étude a révélé  de plus, que les truffes mâles et les truffes femelles se développent séparément, qu'une truffière présente deux zones séparées, « les femmes d'un côté, les hommes de l'autre ». 
Une étude a donc due être lancée pour déterminer comment ils se rencontraient. Tout simplement grâce aux animaux qui grattent le sol et qui provoquent le mélange des spores. 
Par ailleurs, comme chez les humains, une truffière n'est pas forcément et naturellement féconde, les trufficulteurs ensemencent donc régulièrement le pied de leurs arbres. Ceux-ci, plantés sur des sols calcaires peu acides, peuvent être des chênes verts, des chênes pubescents, des noisetiers, des tilleuls, des peupliers (truffe blanche d'Alba) ou des pins. Il faut en moyenne attendre sept années après ensemencement pour obtenir des truffes.  
Le cavage, l'opération qui consiste à chercher ces dernières, se fait avec un cochon ou un chien. Certains experts y arrivent en repérant la Suillia Gigantéa, la fameuse mouche à truffes, qui y pond ses oeufs !    

Nectar blanc et diamant noir, l'incroyable harmonie   

Le Châteauneuf-du-Pape blanc est particulièrement charmeur dans sa jeunesse, c'est à dire lorsqu'on le consomme dans les six ou sept années qui suivent sa commercialisation. Les habituelles notes de fruits blancs, de tisane, de miel se fondent dans une texture grasse qu'enveloppe toujours une fine acidité ; on déguste alors un vin qui apparaît plaisant, abouti,  prêt à boire, mature donc. 

C'est là qu'il désoriente, c'est là que ce blanc entre dans la cour des grands, car sa structure cache une endurance exceptionnelle que peu de consommateurs devinent. 

« J'ai ouvert un blanc de Châteauneuf qui avait 10 ans, mais il était fatigué. J'aurais dû le boire plus tôt » me confia un ami amateur.  
« Non, il n'était pas fatigué. Il dormait. C'est tout. » lui répondis-je. 
Comme tous les vins sérieusement construits, issus d'une terre particulière, le castel-papal blanc traverse des phases de dormance qui déstabiliseront le consommateur non averti. 
La première phase s'amorce entre six et dix ans, d'où la déception de l'amateur contemporain qui, pensant avoir été suffisamment patient, ouvre généralement ses bons vins à la fin d'une  décennie. 
Il découvre alors une minéralité occultée par la puissance, des parfums floraux, certes charmeurs, et une chair consistante qui habille convenablement le palais, toutefois, le comportement déçoit, car l'ensemble apparaît lourd et fuyant. Il faut attendre au moins douze années avant de découvrir les richesses et le potentiel de garde de ce vin. 
L'oublier quinze, vingt, vingt-cinq, même trente ans, n'est pas un crime, c'est seulement être clairvoyant et l'unique façon de tomber dans les fruits jaunes confits, la lime, le curcuma, la réglisse, le miel, les amandes grillées, le poivre gris, le chocolat blanc, les  cèpes, la truffe et d'autres parfums édifiés par le temps. 
« Comme tous les autres grands vins blancs. » me dites-vous ? 
Absolument. 
Sauf que le Châteauneuf-du-Pape blanc sort rarement dans le top 5 des plus populaires, alors que, à mon avis, il est indélogeable du podium de l'olympisme vinique. 
Et lorsque consommé avec de la truffe, seul les vieux champagnes, peut-être, rivalisent pour la première place. 
Dans une omelette (brouillade), une purée de pomme de terre, une salade d'asperges, un tartare de boeuf ou de poisson, des ris de veau, une volaille, un Vacherin Mont-d'Or fondant, l'incontournable foie gras, des tagliatelles, j'en oublie bien sûr... 

La truffe est, surtout, à employer comme un condiment ; avec parcimonie, toujours subtilement. Et comme l'a écrit Anthelme Brillat-Savarin dans La physiologie du goût, « La truffe n'est point un aphrodisiaque positif ; mais elle peut, en certaines occasions, rendre les femmes tendres et les hommes plus aimables »

Ainsi soit-elle.   Terroir de Chateauneuf
26 nov. 2017 par Monsieur Bulles
Monde par le Domaine de la Rivière du Chêne Depuis le début des années 1990 et l'avènement du vin de glace Canadien, l'Ontario a pris la place de leader en la matière, mais sa production multipliée, ses rendements plus élevés et sa commercialisation banalisée ont terni sa réputation et sa qualité. Le Québec viticole en a profité et depuis, les vins de glace de la province francophone récoltent des médailles de même couleur dorée ! Le Domaine de la Rivière du Chêne, situé à 45 minutes de route, au nord de Montréal, fait désormais partie de ces références, grâce à son vin de glace nommé "Monde" qui s'est distingué dans un concours d'oenologue en Europe - les Vinalies Internationales de Paris - en raflant la médaille d'or dans la catégorie des vins moelleux !
Commentaire du vin de glace Monde du Domaine de la Rivière du Chêne :

Plus ambré que doré, sa couleur annonce une certaine concentration aromatique, ici illustrée par des accents de comporte de pommes, de confiture d'abricots et de caramel blond qu'on découvre au nez, qu'on retrouve en bouche.
La texture est grasse, le volume est ample, il est entouré d'une fine acidité qui apporte l'heureuse fraîcheur des bons vins de glace.
Les fêtes de fin d'année arrivent et le foie gras de canard (ou d'oie) sera davantage consommé que d'habitude; il est l'incontestable accord classique avec ce vin. 

Toutefois, voici quelques options qui pourraient séduire les palais exigeants : 
Une entrée de pétoncles sautés, juste arrosés de ce vin, emballera les papilles. 
Si vous aimez le canard laqué ou le curry d'agneau, le vin de glace est une véritable originalité qui surprendra vos convives, même si la sucrosité peut rapidement alourdir le repas. 
Passons alors au fromage où les vins liquoreux sont des gagnants : de simples copeaux de parmesan, un morceau de fromage Louis d'or ou de cheddar extra-vieux, un feuilleté au fromage bleu ou une tranche de pain au lait grillée avec un fromage aux noix (style Rambol); je sais, ça donne faim !
Enfin le dessert si vous avez la dent vraiment sucrée : un fondant au chocolat, une tarte à la rhubarbe ou un pastei de nata (tartelette portugaise à la crème pâtissière).

Bon appétit les gourmands !
Millésime 2013 / Prix : 32,55$ / Code SAQ : 11057475 / 200 ml
14 oct. 2017 par Monsieur Bulles
G. REVEL Il ne suffit pas de savoir goûter pour écrire sur le goût. Le sujet est plutôt tabou. Tabou dans la profession. La profession des testeurs. Des testeurs de vin. Des testeurs de vin qui ont une plume. Une plume officialisée, justifiée, maladroite, opportuniste ou... plagiée.
Officialisée par l'organe de presse, renommé et puissant.
Justifiée par l'apprentissage et le talent. Justifiée par le métier. Le métier de rédacteur.
Maladroite quand le talent est absent; que ce soit le talent de rédacteur ou le talent de dégustateur. Quand les deux talents sont absents, ce n'est plus de la maladresse, c'est de l'insignifiance. 
Opportuniste quand la plume est commerciale. C'est aujourd'hui la plus répandue. Et la plus opaque. Les publicités la payent. Elle est donc la plus défendable dans une société capitaliste; ce qui ne signifie pas qu'elle est la plus justifiable. 

Plagiée quand la plume est volée, copiée ou détournée. Elle est rare - quoique -, mais elle est la plus dérangeante, la plus violente pour l'auteur, le vrai, l'authentique.

C'est finalement elle qui sème le tabou: la plume dérobée, la plume entachée. Celui qui plagie ne sait ni goûter, ni écrire. Il sait semer le doute. Il provoque, il épie. Et il génère la zizanie.
Le sujet est donc tabou parce qu'en parler, c'est dénoncer.
On dénonce quand la goutte a fait déborder le vase, quand l'indifférence ne suffit plus, quand la frustration cède la place à la colère, quand l'excès est atteint.

Depuis que le vin est devenu mondain, mondain dans la presse au point qu'il y a aujourd'hui une chronique vin dans tous les journaux, dans tous les magazines, qu'ils soient gastronomiques, sportifs, juridiques ou "pipoles", le vin est devenu un vrai sujet. 
Un sujet de société.

L'encre a remplacé le vin.

Des sommeliers, des marchands de vin, des cuisiniers ont échangé leur tire-bouchon ou leur spatule pour un crayon. 
Est-ce parce qu'ils étaient mauvais dans leur profession ? Pas forcément.
Sont-ils devenus de bons rédacteurs ? Pas forcément non plus.
Toutefois, une nouvelle profession est née: chroniqueur vin.
Il y a 30 ans, le chroniqueur vin était le chroniqueur "politique" ou le chroniqueur "économie"; il était l'amateur de vin de la salle de rédaction à qui le rédacteur en chef confiait la mission d'écrire dix lignes sur le sujet dans la rubrique "plaisirs de vivre".
Le vin s'est démocratisé, mondialisé, socialisé; la page Art de vivre est née, l'encre du vin est devenue officielle. Mais pas le poste, pas celui de chroniqueur de vin. 
On a continué de laisser la chronique vin à l'économiste, au politique, au vrai journaliste, en fait.

Toutefois, l'attrait d'une spécialité journalistique était née et des vocations allaient naître. Des spoliations aussi.

Les cahiers Arts de la table ont épaissi les journaux, de nouvelles plumes sont apparues : les plumes du vin et de la gastronomie. 
Engendrées dans une société de loisirs, les rubriques vin, gastronomie, décoration, voyage ou famille sont devenues les plus populaires. Donc les plus convoitées sur le marché d'un travail confidentiel, privilégié, niché. 
De la plume au vin, du vin à la plume, il n'y a qu'un pas, non ?

On pourrait le penser.
Je ne le pense pas. 

Il ne suffit pas de savoir goûter pour écrire sur le goût du vin. Il ne suffit pas non plus de savoir écrire pour s'improviser dans le goût du vin. 
Même si, comme le dit l'adage "les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas", quand on décide de parler du goût, de la grande histoire du goût - pas la personnelle, pas sa propre petite histoire - je considère que le goût se discute.
Et pour en discuter, pour lui prêter sa plume, il faut être instruit. Instruit sur le sujet, avoir une base. Et la base du vin quand on écrit à son propos, quelle est-elle ? Non, ce n'est pas la sommellerie. C'est la bonne éducation, le savoir vivre, les bonnes manières. La sommellerie et l'histoire des hommes viennent ensuite. 
Quant à la base en rédaction française puisqu'il la faut quand on se dit chroniqueur, elle coule tellement de source que je ne m'étendrai pas sur le sujet. 
Je préfère sourire et constater que le métier de rédacteur-correcteur est en hausse dans les salles de presse.

Je suis donc estomaqué quand je lis un reportage sur un vin, une appellation ou un domaine viticole, écrit par quelqu'un qui n'y est jamais allé et qui a seulement fait un "copier/coller/détourner" d'un autre article, écrit par l'authentique auteur qui lui, a foulé les lieux et rencontré le vigneron; je suis toujours en colère quand je devine le style d'un auteur en lisant le commentaire d'un vin qui n'est pas écrit par ce dernier.

Ah, il écrit cela parce qu'il a été copié/collé, vous dites-vous... 
Tout à fait. Évidemment. 
Mais cela fait des années que certains de mes commentaires sont repris dans des publications, j'en ai fait le deuil depuis longtemps; comme certains de mes collègues, les vrais, ceux qui savent écrire sur le vin et qui se font également voler depuis des années.
Autant le prendre comme une flatterie et se dire que le copieur incompétent ou paresseux a apprécié votre prose puisqu'il se l'est appropriée.

Je n'écris pas ces lignes aujourd'hui pour me plaindre des tricheurs, mais bien pour envoyer un message aux rédactions en chef, à celles et ceux qui délèguent la mission d'écrire sur le vin à une personne dont ils ne connaissent ni le professionnalisme, ni les compétences, ni le talent, ni les valeurs. 

Malheureusement, depuis que le web est devenu organe de presse, il y a de plus en plus de tricheurs. C'est la loi du web et j'accepte cette anarchie. Le web est incontrôlable.

Toutefois, il est bien dommage, sinon dangereux, de constater que les salles de rédaction des grands quotidiens sont également infiltrées par des tricheurs, voire les mêmes tricheurs du web.

L'encre a remplacé le vin... et ce dernier est parfois bouchonné.
4 oct. 2017 par Monsieur Bulles
Verdejo de Val de Vid Depuis une bonne décennie, c'est sans doute l'Espagne viticole qui offre le meilleur rapport qualité/prix. Ses vins rouges d'appellation Rioja ou Ribera del Duero sont les plus populaires, ils correspondent en fait au goût actuel du consommateur : un fruité boisé dans une structure plus riche que souple. Les vins blancs sont plus méconnus et pourtant, là aussi, les perles sont abordables. Elles viennent souvent du nord-ouest du pays... En voici une.

Pas d'élevage sous bois pour ce vin à base de verdejo, mais du bâtonnage pour révéler ses arômes et lui donner de l'onctuosité. 
Le résultat est simple et efficace, le nez est expressif, il rappelle une salade de fruits blancs. L'acidité mord juste assez en bouche pour réveiller les papilles et laisser la fraîcheur s'installer, pour mieux restituer le fruité blanc en finale.
Les huîtres sont ouvertes ? 
Précipitez-vous, ce vin blanc est à acheter à la caisse !!
14,80 $ en SAQ
27 sep. 2017 par Monsieur Bulles
La Marinière La marinière est ce tricot rayé que portent les marins du monde entier depuis 150 ans environ... C'est aussi l'habillage élégant du Muscadet Louis Roche qui, en cet automne humide et caniculaire, donc exceptionnel au Québec, sera le vin blanc idéal pour rafraichir à peu de frais les gosiers les plus arides !!



Commentaire du Muscadet La Marinière 2015 :


Expressif au nez (citron), ce vin l'est tout autant en bouche grâce à une rondeur plus accentuée, plus longue que sur d'autres vins de la même appellation. 
Il mord juste ce qu'il faut à l'attaque et dans son enveloppe qui parcourt nos papilles, juste ce qu'il faut pour accompagner des huîtres si l'on reste classique, juste ce qu'il faut pour accompagner "un chèvre" si l'on est fromage à table, juste ce qu'il faut pour accompagner un ceviche si vous êtes orthodoxe et juste ce qu'il faut pour le porte-monnaie de tous les jours...
13,10 $ / code SAQ 13357640
20 sep. 2017 par Monsieur Bulles
Cairanne Voici 50 ans que le village de Cairanne a été consacré en tant qu'AOC grâce à son argile blanche, son argile rouge et ses fameuses terrasses de l'Aygues sur lesquelles s'exposent le grenache, la syrah et le mourvèdre. 950 hectares de vignes dont 95 % donne un vin rouge, ici magnifiquement représenté par le millésime 2015 de Saint-Andéol.
Populaire au Québec depuis un certain nombre d'année, disons que cette cuvée est plus fruitée qu'épicée, c'est-à-dire plus orientée sur des arômes de confiture de fruits noirs que sur le poivre, et que sa texture, certes grasse puisqu'on est quand même sur des cépages de belle tenue, reste souple jusqu'en finale. 

Votre viande rouge préférée, grillée ou braisée, des saucisses relevées ou même, une darne de thon grillée, façon basque, seront d'agréables maîtresses à table.

Un rouge aussi facile à boire qu'à acheter !!
Code SAQ : 11459837 / 17,95 $
20 sep. 2017 par Monsieur Bulles
En cette période délicate où la nature frappe la Caraïbe, je vous présente le chef-propriétaire du Petibonum au Carbet, en Martinique, Guy Ferdinand, dont le talent culinaire est toujours égal à sa bonne humeur et à sa générosité. La capsule vidéo ci-dessous devrait vous faire saliver; la recette que le chef vous propose peut être appliquée chez vous, que vous soyez à Montréal, Bruxelles ou Tokyo !!

Guy Ferdinand et Guénaël Revel
19 sep. 2017 par Monsieur Bulles
La capsule vidéo ci-dessous présente Marc Sassier, distillateur du Rhum Saint James, commenter les principes de la colonne à distiller le rhum

fûts de rhum agricole chez St james en Martinique
16 sep. 2017 par Monsieur Bulles
Monastère de Rila Les voyages de presse organisés pour les médias par des agences de tourisme sont davantage épuisants qu'épanouissants. Oui, nous sommes gâtés parce que nous voyageons, oui nous sommes gâtés parce que nous cheminons dans un univers attrayant, oui le plaisir des sens est constamment présent dans notre quotidien. Toutefois, cela reste une profession; donc une tâche où la fatigue, voire l'épuisement est possible, naturel, normal, logique et légitime. On attend de nous - la presse du voyage et des arts de la table - des articles qui mettront en valeur ce qui a été visité, rencontré, goûté. Les institutions qui nous invitent le savent. Leur mission est de nous séduire. Parfois, il y a des dérapages...
Bulgarie : Plovdiv - Sofia via Rila et Sandanski : départ imminent. 

Quand j'ai vu le bus, style année 1990 (sans doute acquis juste après la tombée du rideau de fer), mis à notre disposition par l'office de tourisme de Bulgarie, je me suis dit que la tournée allait être pittoresque. 
Une courte tournée de deux jours suivait le plus grand et, selon moi, le meilleur concours de dégustation de vin dans le monde, le Concours Mondial de Bruxelles (CMB), organisé en cette année 2016 à Plovdiv. 
Nous étions une cinquantaine de journalistes du monde entier à avoir accepté l'invitation de l'agence de voyage Bulgare Travel Atelier. Cinq groupes de dix personnes pour cinq bus à l'assaut culturel de la Bulgarie. 

Plovdiv étant la capitale européenne de la culture en 2019, tout le monde a pensé que les guides engagés pour la circonstance, sauraient nous présenter au mieux leur pays.  

Quand j'ai vu le chauffeur (aussi accueillant que Leonid Brejnev devant un défilé de la place rouge) essayer de caser dix valises dans le coffre arrière qui ne pouvait en contenir que sept, j'ai su que le pittoresque allait être pénible. 
Il y a des indices qui ne trompent pas quand on voyage depuis 20 ans. 
   
Trois valises ont donc dû prendre place à nos côtés, dans le mini-bus. Bienvenue dans l'univers routier Bulgare, inconfortable et risqué.   
Puis le guide nous a donné le programme des deux jours de tournée. 
Curieusement, il avait été révisé: le sien démarrait à 8 h, le nôtre à 7 h. Il était 8 h 30, donc le guide s'est présenté avec 1 h 30 de retard. Une fois les vérifications d'usage terminées, on s'est mis en route à 9 h, soit 2 h de retard sur le programme officiel.    
Le groupe de dix que nous formions a alors dégagé une attitude de scepticisme, voire d'agacement, qui devait logiquement s'accroître au cours de la journée. Travel Atelier avait sélectionné pour nous le sud-ouest du pays avec un monastère, une ville historique et trois domaines viticoles à découvrir. 
 
Sur le papier, c'était attractif. Sur une carte géographique, c'était abusif. 

En survolant rapidement la carte, j'ai pronostiqué qu'on ferait au moins 10 h de bus en deux jours. Ce matin, c'est autour de 180 km à faire, à une moyenne de 70 km/h à cause de l'état de la route (aussi impeccable que celles de Montréal), de ses lacets et du monastère à atteindre qui culmine à 1200 m d'altitude. 
On s'est dit qu'on y arriverait vers 12 h 15. 
Ce n'est pas grave, on y était attendu à 11 h 15 sur le programme officiel.  

Au demeurant sympathique, notre guide s'adressa à nous deux fois, entre deux manipulations de son téléphone qui le divertissait d'un jeu de  "candy crush fruit".  Peu bavard, sa première intervention fut pour nous signifier que nous roulions en bordure d'une rivière qu'on ne pouvait pas apercevoir à cause des fenêtres embuées (la clim était en option en 1990). 

Sa deuxième intervention fut pour nous proposer un arrêt pipi après 1 h 30 de route, à mi-parcours du trajet.  À mi-parcours, ça signifiait donc 3 h de route. 
Comme la bouteille d'eau ou le café n'était pas offert (et pourquoi pas prévu aussi, c'est un bus touristique, pas une ambulance!), tout le monde en profita pour s'acheter une réserve salutaire de collations diverses à la station-service. 
De retour dans le bus, une vague de siestes s'abattit sur nous; sans doute l'effet du petit déjeuner sommaire de la cantine de l'hôtel.    

12 h 15, monastère de Rila en vue, la première étape.    

Notre guide s'active, il a compris que le retard ne sera jamais rattrapé. Il faut quand même accélérer le rythme. 
Faites crépiter les kodacs rapidement parce qu'après, il y a un musée d'icônes, de croix de bois et de bibles ancestrales. On va le faire en 1/2 heure, c'est suffisant.  Et oui messieurs dames, on est partis très en retard, faut avancer maintenant. 
Après tout, un monastère du XIIIème siècle, tout le monde s'en fiche. Il appartient seulement au patrimoine culturel mondial.   
45 mn, c'est suffisant pour qu'il imprègne votre mémoire.   
En parlant de mémoire, on va y aller parce que les verres de vin et le lunch doivent être déjà servis au vignoble et on est quand même à 2 h de route.  

C'est la deuxième étape de la journée, on y était attendu à 13 h 30, il est 13 h 15.   J'ai bien fait de m'acheter des chips à la station-service.   

Ah tiens, la collègue Luxembourgeoise s'énerve.   Elle aime bien la ponctualité, dit-elle au guide plus blasé que réceptif. À mon avis, elle pète un plomb avant la fin de la journée.   

En effet monsieur le guide, il fait plus chaud qu'à Plovdiv, on est à la frontière grecque.   
Pertinente votre troisième intervention de la journée.  
Ah oui? Il y a aussi une rivière qui délimite les deux pays ? 
Vous avez l'air d'aimer ça les rivières?  Ça tombe bien, je vois sur la carte qu'on va en croiser trois, demain, en remontant sur Sofia, on va avoir de la conversation.   

15 h 15, arrivée au vignoble Orbelus. 
L'heure où l'on devait le quitter sur le programme. 
   
On va peut-être manger tout de suite, avant d'admirer votre chaîne d'embouteillage, parce que voyez-vous, on a la dalle. L'ami Croate a les dents qui rayent le parquet et les deux Italiens hallucinent des spaghettis. On dégustera vos vins pendant le repas monsieur le vigneron, ça va calmer tout le monde. 
   
Tiens, la Luxembourgeoise n'est plus là. Elle a craqué. Elle a demandé au chauffeur de la conduire dès maintenant à l'hôtel.   
17 h 30, fin de la visite du vignoble. Les vins et l'accueil furent excellents. Il faut quand même le souligner.  
Mais, on n'a toujours pas rattrapé les 2 h de retard. Le chauffeur est revenu, il a eu le temps de déposer la collègue du Luxembourg à l'hôtel. Il ne doit pas être très loin ce dernier. En effet, l'hôtel est à 1/2 heure nous dit le guide.    
 
Sur le programme, c'est la visite de la ville de Sandanski, ville natale supposée de Spartacus. Et oui, le héros était Thrace, pas Romain. Sauf que la visite devait commencer à 15 h 30... 
Et il va être 18 h. Spartacus attendra...    

Comme la fatigue et l'exaspération générale ne suffisent pas, la pluie se met de la partie lorsqu'on arrive à l'hôtel. On a tous mal au dos, on a presque fait 5 h de route dans un bus moins confortable que les jaunes canaris des commissions scolaires du Québec. 
Personnellement, je commence à tirer la gueule, celle du collègue Croate est déjà à terre. Le Belge résigné, garde le silence ; la Française a commencé son rapport pour l'agence de tourisme, le Chinois rit jaune, si, si...      

À l'hôtel, Ô surprise, seuls quatre journalistes descendent ici. Trois étoiles sur la porte, c'est comme une étoile à l'ouest du Rhin. On nous annonce que le groupe est divisé en deux.   
C'est con, on avait noué une solidarité conviviale, on se motivait pour ne pas craquer. On allait parler l'espéranto, tout le monde se comprenait, rien qu'en regardant les poches sous les yeux. 
   
J'accompagne donc les six autres collègues dans un autre hôtel... qui n'en ai pas un ! C'est une pension de famille, style soviétique pré-pérestroïka. On a fini par la trouver après avoir tournoyé dans Sandanski in the rain, la ville qu'on devait visiter entre 15 h 30 et 18 h.  Sauf qu'il est 18 h.   

La tournée se transforme en "Retour vers le futur au pays des soviets ».   
Comment dire ? Sandanski by night, sous la pluie, c'est un peu comme Joliette dans les années 1980, sans éclairage dans les rues. Sandanski est sans doute magnifique et attrayante, c'est une ville thermale parsemée d'artères piétonnières. Sauf que nous ne les verrons jamais.   

On découvre nos chambres et là, les Italiens craquent.  
Ça gueule un Italien qui se fâche.   

Et oui, on a tous une salle de bain 3 en 1. Il y a les 5 à 7, maintenant il y a les 3 en 1 : toilette, lavabo et douche dans trois mètres carré où il faut brancher le cordon de la douche sur le robinet du lavabo pour avoir un espace douche dont le support est au-dessus du lavabo !!  
Si t'es fatigué, tu t'assoies sur les toilettes, elles sont juste en dessous! (photo jointe en bas à gauche)    
Le sort s'acharne sur l'Italie : le couvercle des toilettes des Italiens ne s'ouvre pas! Il est bloqué. J'ai cru que le Vésuve et l'Etna allaient exploser en même temps !  
 
Internet ? Vous n'y pensez pas ? Incroyable, il y a internet et ça fonctionne parfaitement.  
Et le programme ? 
Le guide, à peine embarrassé, propose de déambuler dans les rues mouillées où tout est fermé! Non merci, on va plutôt aller se détendre autour d'une bière avant le souper. 
Ah bon, le souper n'est pas prévu ? C'est vrai qu'on est sorti de table à 16 h, mais il se peut qu'on ait faim d'ici une heure, non ? 

Ok, très bien, on se paiera nous-mêmes une pizza tout à l'heure. Une pizza Bulgare, les Italiens vont adorer.    
Tiens, la Française a disparu. Elle s'est achetée trois pêches dans un dépanneur avant de remonter à sa chambre. Elle a raison, la journée fut tendue, un bon matelas la détendra.   
Quoique... Je constaterai deux heures plus tard que le matelas du pensionnat de mon enfance était meilleur.   

Deuxième journée.   

On s'est écouté dormir tellement les murs sont épais, mais on est reposé.  
Le petit déjeuner nous attend, il est 8 h. 
Un verre de yaourt nature liquide (ben oui, on est en Bulgarie) et la spécialité locale nous sont offerts: une pâte à pain frite dans l'huile, à base de fromage caillé. 
Un peu gras et lourd pour commencer la journée, mais à Rome, on fait comme les Romains.  

Vous avez des fruits ? Non ? 
Un café peut-être ? Le café, je vous conseille vraiment de nous en trouver un, sinon les Italiens, ils vous rejouent la dernière scène de « Spartacus ».   

Côté programme, on a deux vignobles à visiter aujourd'hui.  

Le premier est en bordure de la ville, le second, à 100 km d'ici. 
Allons-y, ne nous mettons pas en retard. La nuit a effacé celui d'hier. Le retard d'hier, vous suivez ?   

Domaine Melnik.  
Beau vignoble, belle cuverie rutilante, beau parc à fûts Bulgares et comme toujours, la chaîne d'embouteillage qu'on nous présente comme si c'était l'attraction suprême dans l'univers du vin.  

Il doit y avoir quelque chose de sexuel avec la chaîne d'embouteillage pour un vigneron parce que, que vous soyez à Sydney, à Mendoza ou à Bordeaux, elle est toujours présentée comme le Saint-Graal. 

Les vins du domaine Melnik sont bons, c'est là l'essentiel.  Merci aux subventions européennes qui ont permis des investissements conséquents parce que le contraste est tout de même saisissant entre ces « wineries » qui n'ont pas vingt ans et les maisons délabrées de villages, parfois complètement abandonnés, qu'on croise sur la route.   

12 h 30. On remonte dans le mini-bus. On nous attend au vignoble Uva Nestum. 
Vous avez faim ? Ça tombe bien, le lunch est prévu pour 15 h, là-bas.   

Uva Nestum. 
Ici, c'est 2 en 1 : spa et vin. Hôtel, thalassothérapie et oenotourisme avec restaurant de qualité.   
Hôtel ? Vous avez dit hôtel ?   

Dites voir monsieur le propriétaire, ne pouvions-nous pas être hébergés hier soir chez vous ? 
Oui, bien sûr. 
On l'a même proposé à l'agence de tourisme, car cela nous semblait logique pour des journalistes vinicoles, on voulait passer davantage de temps avec vous, mais on ne nous est jamais revenu. Sans commentaire.   

En tous cas, vos vins sont très chouettes, votre resto super agréable avec un menu typé qui efface toutes nos critiques gastronomiques de la semaine. 
J'ai adoré votre cépage Rubin. Bravo Uva Nestum, grâce à vous, la Bulgarie devient attractive.   
Oui monsieur le guide ? Il est 17 h ?  Vous avez raison, on va y aller parce qu'on a quand même 3 h de route pour remonter jusqu'à Sofia.  

Si je calcule bien, j'avais un peu raison hier, au départ de Plovdiv : on aura fait autour de 10 h de bus en deux jours. Je dis ça parce que mon coccyx est entrain de me le rappeler.   

Vous en voulez une dernière ?   

Dans le mini-bus de scoobidoo, la porte coulissante des passagers s'est ouverte toute seule, tandis qu'on roulait  à 100 km/h sur l'autoroute ! Je vous le jure. 
C'est moi qui l'ai refermée tandis que le chauffeur, placide, a continué de rouler sans ralentir, malgré les cris des collègues.  

Alors oui je suis gâté dans ma profession que je n'échangerais pour aucune autre, mais voyez-vous, il y a des voyages de presse qui sont des voyages de stress et  qui poussent finalement, à rapporter leur forme plutôt que leur contenu.
Salle de bain bulgare
Article paru dans le numéro d'août/septembre 2016 du magazine Vins & Vignobles
14 sep. 2017 par Monsieur Bulles
Gin Dandy Julie Hubert et Éric Lafrance sont tombés dans les pommes il y a bien longtemps... En se relevant, ils ont eu des envies de cidre. D'abord tranquille, puis gazéifié, puis en méthode traditionnelle, enfin de glace pour finir avec des vermouths. Très vite, leur domaine perché à St Joseph du Lac est devenu un incontournable au Québec. Quand l'autorisation de distiller dans la province fut décrétée, les Lafrance firent venir de Bordeaux un alambic Stupfler. Une nouvelle aventure commença; celle des eaux-de-vie... Alors qu'un brandy de pommes (qu'on ne peut appeler Calvados) sortira cet automne de leur atelier, je vous présente leur gin, lancé cet été; en commençant d'abord par une mise au point personnelle...
Depuis 5 ans, la belle province offre des eaux-de-vie "Made in Chez Elle", des 100 % fabriquées au Québec dont les agences de communication, qui en font la promotion, vantent les mérites. 
C'est fait ici, donc c'est bon.
Sauf que le "C'est fait ici" ne veut pas dire "Ça vient d'ici". On peut très bien importer les matières premières du bout du monde pour les transformer ici, afin d'élaborer un produit "fabriqué ici". 

L'eau-de-vie finale, quelle que soit son fruit ou sa céréale de base, ne sera pas forcément admirable parce qu'elle a été élaborée ici. 
Le marketing aime jouer avec la fibre patriotique, voire nationaliste; et ça marche. 
On veut encourager nos entreprises locales, notre économie locale, on achète alors local, on boit local. 
Mais attention, cela ne veut pas dire que le produit est délicieux. 
Il n'est pas médiocre non plus, mais le consommateur doit être prudent avec le "Made in Québec". 

Ce n'est pas parce que c'est fait chez nous que c'est bon. 
L'industrie fruitière, légumière et fromagère en est la preuve. Tout n'est pas bon au Québec, sous prétexte que c'est fait chez nous !
Je préfère le "Mangeons d'abord de saison" plutôt que le "Mangeons coûte que coûte local". C'est un peu différent, mais c'est un autre débat...

Lorsque j'ai donc reçu l'invitation à déguster le Gin Dandy, élaboré par Les Vergers Lafrance, avec la mention bien en vue 100 % Québec, sur laquelle finalement tournait toute la promotion, je me suis dit : "Non, pas encore. Pas eux. Pas les Lafrance. Pas les Lafrance dont j'apprécie - je le reconnais - les produits depuis 20 ans."

Sauf que le 100 % Québec ici, est un vrai 100 % Québec (c'est en tous cas ce qui est véhiculé). 
Le gin Dandy des Lafrance n'est pas seulement un 100 % fait ici, c'est un 100 % tout vient d'ici !
Pommes, raisins et poires qui forment la base, qui forment le moût à distiller, sont de St Joseph du Lac. Les Lafrance ont planté leur propre raisins (sabrevois et frontenac) dans le but d'élaborer leur propre eau-de-vie.

Vous vous dites alors : "Oui, mais si c'est du gin, ils doivent employer des baies de genièvre, puis toutes autres sortes d'aromates qui vont donner une signature réelle au Gin Dandy..."

En effet.

Et logiquement, ce n'est pas sur les bords du St Laurent qu'on va trouver de la cardamome, de la racine d'angélique, des noix de muscade ou les oranges et les citrons pour leurs zestes, qui aromatisent ce gin.

Alors ? Est-ce du 100 % de chez 100 % Québec ?

Ben oui. 
Parce que justement le moût et l'eau - qui forment la base de toutes les eaux de vie élaborées dans le monde - sont ici, de St Joseph du Lac.

Pensez-vous que les Hollandais cultivent leurs propres baies de genièvre pour leur gin ? 
Pensez-vous que les Polonais fabriquent leur vodka avec leurs propres orge, blé, sarrasin ou pommes de terre ?
Même les whiskies écossais sont aujourd'hui élaborés avec des céréales achetées hors d'Europe !

Donc oui, Les vergers Lafrance ont le droit de dire que tout est fait chez eux !

Maintenant, est-ce que c'est bon ? 
100 % "tout fait au Québec" ne veut pas dire que c'est bon.

Pourtant, ça l'est.
Ici, ça l'est.

En relisant mes notes de dégustation, je remarque seulement que le seul point qui m'a titillé, c'est la puissance. Une puissance plus affirmée que subtile.

Pour le reste, chapeau bas !

Très expressif au nez avec une grande fraîcheur citronnée qui accompagne des notes de fleurs de houx. On distingue des saveurs de poires en bouche au sein d'une texture grasse, pourtant aérienne dans le comportement. On n'a pas cherché ici à faire autre chose que du gin, à révéler un parfum avant celui de la baie de genièvre; on déguste un bon gin et c'est bien là l'essentiel.
Finalement plus classique que sophistiqué, ce gin bien habillé porte parfaitement son nom. 
C'est une réussite.Alambic
39,75 $ / Code SAQ : 13385827

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